Immobilier, mobilité, numérique… À la CAF des Bouches-du-Rhône, la transition écologique avance sur tous les fronts
Avec en moyenne 1,2 tonne d’émissions de CO2 par an et par Français, les services publics représentent 13 % de l’empreinte carbone de notre pays. Consciente de sa propre marge de progression, la CAF des Bouches-du-Rhône a lancé depuis 2024 une démarche transverse de transition. Immobilier, mobilité, numérique, déchets… l’impact écologique est désormais intégré à tous les niveaux. Sous-directeur en charge de la Direction de l’administration générale et des conditions de travail, Paul Gissinger nous explique les actions lancées par son équipe et les résultats obtenus.
Dans quel contexte s’inscrit la démarche de votre caisse ?
La question du développement durable fait partie de nos attributions, et c’est dans ce cadre que nous avons décidé de nous en saisir et d’aller plus loin. Cela en écho bien sûr à l’urgence d’agir pour le climat, mais aussi à la démarche lancée au niveau de la branche Famille, qui a fait de la transition un fil rouge de la COG 2023-2027.
De plus, nous avons la chance d’avoir un directeur général parfaitement conscient des enjeux écologiques, et par là-même de sa responsabilité en tant que dirigeant d’une caisse de 1 000 collaborateurs. Il était indispensable pour nous qu’il porte véritablement le sujet car, pour indispensables qu’elles soient, les actions liées à la transition écologique se font généralement sur le temps de travail des agents.
Qu’en est-il de l’acculturation des équipes aux enjeux de la transition ?
Nous avons commencé par recruter en 2024 une responsable de projet RSO avec un profil d’ingénieure, pour être nous-mêmes solides sur la question. C’est avec cette collaboratrice, Cassandre Rivet, que nous avons structuré la démarche puis mené les actions.
Nous avons ensuite mis en place une stratégie pour embarquer tous les agents, en commençant par un webinaire sur les enjeux climatiques. Celui-ci intégrait un bilan carbone complet (scope 3) de notre CAF et de toutes ses activités. Surtout, nous avons à la suite diffusé un quiz dont nous avons fait un objectif annuel commun. C’était la première fois que nous instaurions un objectif collectif lié à la transition écologique. Nous visions modestement la moyenne et avons obtenu plus de 93 % de réussite, ce qui est très satisfaisant.
En 2026, nous avons poursuivi en formant deux collaboratrices pour animer des ateliers « 2 tonnes », afin de sensibiliser les agents aux ordres de grandeur des actions individuelles. Nous avons d’abord ouvert cet atelier aux managers, puis à tous les collaborateurs. Nous constatons depuis un grand enthousiasme, avec des sessions qui se remplissent très vite. Nous allons poursuivre sur 2027.
Les managers ont-ils un rôle particulier à jouer ?
Comme dans toute transformation, les managers doivent être les premiers ambassadeurs de la transition. Ils sont donc également notre premier public, qu’il faut les convaincre de l’importance du sujet et de la nécessité de déployer des actions partout dans l’organisme.
Cela vaut aussi pour le top management. Nous avons par exemple présenté récemment en Codir les points clés du rapport RSO, afin de nous assurer que le sujet reste présent à tout moment dans les esprits. Nous allons également mettre en place à partir de ce mois-ci un Copil RSO associant des représentants de chaque direction. Cela nous permettra de faire connaître la démarche, de mieux la piloter, et de la positionner comme une priorité au même titre que la qualité ou l’efficience.
Concrètement, quels sont vos grands axes d’action ?
Le premier se situe au niveau de l’immobilier. Nous avons engagé d’importants travaux pour faire des économies d’énergie, à commencer par un système de pilotage à distance de la ventilation, du chauffage et de la climatisation. Nous avons un tableau de pilotage très complet qui nous évite, par exemple, de surconsommer lorsque les bureaux sont vides ou peu utilisés.
Nous avons également rénové les bâtiments au niveau thermique en isolant les façades et en changeant les fenêtres. Nous avons changé le système de chauffage de notre siège, auparavant au gaz et désormais équipé de 3 grandes pompes à chaleur. Nous avons également agi sur l’éclairage, en remplaçant les sources lumineuses par des LEDs et en optant pour un système de détection automatique de présence. Enfin, nous sommes en train d’installer au siège des panneaux photovoltaïques.
Cela n’a pas toujours été simple, notamment car beaucoup de travaux ont été effectués en site occupé. Mais les résultats sont là : entre 2023 et 2025, nous avons fait baisser la consommation d’énergie (gaz et électricité) de notre caisse de 28 % sur l’ensemble de nos 7 sites. De plus, nous avons déjà atteint les objectifs de sobriété énergétique fixés par le « décret tertiaire » pour… 2050 !
Sur quels autres secteurs ont porté vos principales actions ?
Nous avons mis en place un plan de gestion des déchets, avec 24 nouvelles filières. Cela va des capsules de café en aluminium aux mégots de cigarettes, en passant par les biodéchets ou même les textiles. Ces derniers sont collectés par une société, à partir d’un point d’apport volontaire sur notre site, et cela fonctionne bien. Toutefois nous avons été très attentifs au devenir de chaque type de déchets, pour nous assurer qu’ils étaient bien pris en charge spécifiquement et recyclés comme il se doit. Par le passé, nous avons pu avoir des surprises avec des prestataires qui mélangeaient tout.
Dans une logique d’économie circulaire, nous avons également valorisé les équipements numériques (ordinateurs et écrans) que nous n’utilisions plus. Ils ont été reconditionnés ou recyclés par l’entreprise solidaire marseillaise Ecodair, avec qui nous avons un partenariat. 994 appareils ont ainsi été recyclés en 2024 et 2025.
Nous avons également mis en place un atelier « Fresque de l’infobésité », sur la base du serious game déployé par la CNAF, à destination de notre direction et de nos 40 cadres stratégiques. Cela afin de les sensibiliser sur le sujet et sur la question du numérique responsable. Nous allons ainsi pouvoir avancer à partir des actions proposées collectivement.
Vous menez également un travail de sensibilisation envers les assurés…
La COG prévoit en effet que nous devons aussi mener des actions tournées vers l’extérieur, et en particulier vers les allocataires. Notre action principale à ce niveau implique nos équipes de l’action sociale, qui mènent un projet éducatif basé sur l’outil Ecopolénergie.
Celui-ci prend la forme d’une exposition qui permet de sensibiliser les habitants aux économies d’eau et d’énergie. Il s’agit d’un parcours immersif dans un logement, avec pour chaque pièce de vie du mobilier et des éléments interactifs destinés à expliquer et à promouvoir des gestes simples permettant de faire des économies. C’est donc également pour nos 60 travailleurs sociaux un moyen de lutter contre la précarité énergétique.
Que diriez-vous aux autres organismes souhaitant aller plus loin dans leur démarche de transition écologique ?
Même si cela demande de l’organisation et parfois des efforts, je pense qu’il ne faut pas systématiquement associer l’écologie à la contrainte. Il faut au contraire démontrer que la transition peut être joyeuse et même désirable, car au fond nous avons tous à y gagner.
Y compris sur un plan purement budgétaire, car être plus sobre et mieux gérer ses ressources c’est d’abord faire des économies. Nous le constatons sur l’énergie bien sûr, mais aussi depuis que nous avons réduit nos frais de déplacement, ou encore la fréquence de renouvellement de certains équipements comme les imprimantes.
Plus largement, une piste d’avenir pour nos organismes serait de renforcer la mutualisation entre branches. Il y a beaucoup de choses que nous pourrions faire en commun et qui généreraient des économies d’échelle. Aujourd’hui les différentes branches gèrent par exemple leurs besoins immobiliers individuellement, alors que dans bien des cas nous pourrions cohabiter. Avec à la clé une empreinte écologique moindre pour notre bâti, et pour de nombreux aspects de notre activité.