À la CPAM des Alpes-Maritimes, un responsable de la transition écologique qui mise sur le réseau
Y a-t-il un pilote dans le train de la transition écologique ? Au niveau de l’Assurance Maladie, la réponse est oui : il existe non seulement un schéma directeur national, mais aussi un réseau réunissant les responsables de chaque caisse. Au sein de la CPAM des Alpes-Maritimes, c’est Mickaël Péaud qui assure cette fonction en tant que Pilote de la transition écologique. Il nous explique comment il mène son action pour mobiliser et acculturer les équipes, en constituant son propre réseau interne.
En quoi consiste votre poste de pilote de la transition ?
Depuis ma prise de poste il y a un peu plus d’un an, j’ai identifié 3 axes principaux. Le premier consiste à déployer et à animer au niveau de notre caisse le schéma directeur de la transition écologique de l’Assurance Maladie. Cela demande de la méthode, de la rigueur, mais également des compétences techniques de plus en plus pointues pour suivre d’une part les actions spécifiques, et d’autre part les indicateurs globaux. Nous avons, comme tout le réseau, un objectif ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 5 % par an.
Pour y parvenir, la facilitation et la dimension relationnelle sont au cœur de notre activité. Avec Syrah, ma collaboratrice actuellement en alternance, nous coordonnons l’action des différents acteurs : informatique, achats, services techniques, RH pour le volet « employeur » de la transition écologique, ainsi que les services métiers pour son volet « assureur ». En effet, de nombreux secteurs et activités sont engagés pour mener cette transition, et nous devons faire en sorte que tous ces acteurs avancent ensemble, de façon cohérente.
Enfin, nous menons un important travail de communication, en lien avec le service dédié. A la fois pour sensibiliser les collaborateurs et pour valoriser les actions réalisées au niveau de la caisse. En parallèle, nous assurons une veille sur les enjeux et les outils liés à la transition écologique, pour coller au plus près à l’actualité du sujet et adopter les meilleures pratiques.
Concrètement, qu’avez-vous mis en place au sein de votre caisse ?
Au niveau organisationnel, nous avons créé un réseau d’ambassadeurs de la transition écologique. Il s’agit d’une équipe de 39 collaborateurs, tous volontaires, issus de différents services. L’objectif est qu’ils mènent au moins deux actions de sensibilisation par an auprès de leur équipe, soit au cours d’une réunion de service, soit lors d’un point dédié. Nous travaillons avec eux en amont, pour leur fournir des supports et des données chiffrées, afin de les outiller et les professionnaliser dans leurs missions.
Parallèlement, nous avons lancé 3 groupes de travail thématiques avec des acteurs de terrain. Le premier concerne la réduction des déplacements en avion ; poste très émetteur de CO2 en particulier pour notre organisme. Le second groupe est lié à l’énergie (électricité et gaz) et l’eau : il a pour objet de nous aider à réduire notre consommation avec des actions très concrètes. Enfin, un groupe travaille sur l’élaboration du plan de transition et le suivi de nos émissions de gaz à effet de serre. Nous avons notamment travaillé, avec notre service Performance, à la création d’un tableau de bord Power BI permettant de suivre trimestriellement nos émissions de l’année en cours et de réaliser des projections de fin d’année.
Toute notre démarche est pilotée et suivie via un comité de pilotage dédié, et portée par la Direction.
Par ailleurs, nous avons déployé de nombreuses actions sur le terrain. Nous avons mis l’accent sur les écogestes assez classiques autour de l’utilisation responsable de la climatisation cet été, ou bien de la rationalisation de notre consommation électrique liée aux éclairages et aux équipements informatiques (extinction des écrans et ordinateurs). Cela a aussi concerné le tri des déchets, sur lequel nous sommes plus rigoureux pour être certains que la collecte soit exploitable par notre prestataire.
Quelle est pour vous la place des managers dans la transition écologique ?
Aujourd’hui, le niveau d’implication des managers est assez hétérogène et c’est normal, en fonction de la sensibilité et du niveau de connaissances de chacun.
Or, la question de la connaissance est majeure, nous devons absolument développer les compétences de nos collègues, car c’est en connaissant mieux que nous protégerons et agirons mieux.
La crise écologique que nous connaissons est aussi une crise du lien ; lien à soi-même, à l’altérité et à notre milieu. Nous devons prendre conscience de notre dépendance au milieu naturel. En sauvant la biodiversité, nos ressources naturelles c’est nous que nous sauvons ! Nous ne cessons de le rappeler et malheureusement l’actualité (canicules, incendies) nous le rappelle également.
Nous avons donc un travail à mener sur ce point, en lien avec l’équipe RH, pour former tous les managers. Nous prévoyons à cet effet d’intégrer un atelier « TEc » au dispositif de formation existant pour les nouveaux managers. Nous pourrons également nous appuyer sur le Campus des managers Cap’M et notamment les parcours interbranches et les contenus qui y sont proposés.
Quels seront les points clés de leur action ?
A terme, nous souhaitons que les managers soient « porteurs » des messages clés auprès de leurs équipes et qu’ils intègrent dans leurs réflexions et projets organisationnels la dimension écologique (prévention et diminution des impacts). Par exemple en veillant à regrouper lorsque cela est possible leurs équipes dans un seul secteur géographique pour limiter la consommation d’énergie, comme c’est déjà pratiqué dans plusieurs organismes. Ils pourraient aussi organiser des challenges/initiatives thématiques. Certains responsables de service ont déjà initié ce type d’actions, par exemple notre service Gestion du dossier client avec le projet « Zéro Plastoc à GDoc ». L’idée est de créer une culture commune de l’engagement environnemental, et continuer à « semer la graine » du changement.
Le plus important étant qu’ils adoptent une posture de pédagogie, et non de culpabilisation des collaborateurs, en expliquant bien pourquoi nous agissons, et quel serait à l’inverse le coût de l’inaction.
A nous également, en tant qu’animateurs de la démarche, d’être des facilitateurs au service des managers. Le sujet de la transition écologique n’est pas simple à porter, et nous devons les aider à l’intégrer au mieux dans leur quotidien pour ne pas les surcharger. Il faut que notre projet soit également « écologique » pour les managers, surtout ne l’oublions pas !
Avez-vous un message pour les autres pilotes de la transition ?
Nous devons continuer à travailler tous ensemble, comme nous le faisons déjà avec la caisse nationale et son réseau. La transition écologique est un sujet de fond qui touche tous les secteurs, toutes les activités (nous avons plus de 100 actions identifiées dans le schéma directeur national) et il n’y a qu’ensemble que nous arriverons à relever ce défi.
Pour continuer à jouer notre rôle, il nous faut à la fois savoir convaincre des publics très différents, puis faire preuve de rigueur pour conduire les projets et suivre les indicateurs. C’est un travail de longue haleine, avec une actualité et des enjeux très mouvants, sur lesquels nous avons besoin de nous épauler mutuellement.
Qu’est-ce qui vous motive pour poursuivre votre action ?
Cet été a été marqué par les canicules, la sécheresse et les incendies. Cela nous a prouvé, si besoin était, que nous sommes tous concernés par le changement climatique. La transition écologique ne peut plus être un supplément d’âme, un sujet géré à la marge et avec des perspectives lointaines. Elle doit être au cœur de notre action, dès aujourd’hui.
En conséquence, nous devons avancer tous ensemble, pour mettre en place des solutions chacun à notre échelle. C’est d’ailleurs ce qui me plaît et me motive dans ce poste : fédérer autour d’un projet devenu éminemment essentiel !