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Sarah Videcoq-Aubert

Sarah Videcoq-Aubert, directrice de la Cpam de Meurthe-et-Moselle.

À la CPAM de Meurthe-et-Moselle, la transition écologique n’est pas qu’un objectif, c’est une démarche concrète portée par sa direction et ses équipes. Dans cette interview, Sarah Videcoq-Aubert, directrice de la CPAM de Meurthe-et-Moselle, partage sa vision et les actions engagées pour réduire l’empreinte environnementale de l’organisme et inscrire la responsabilité sociétale au cœur de ses pratiques.

Vos publications sur LinkedIn témoignent d’un engagement fort en matière de transition écologique. En tant que directrice de la CPAM de Meurthe-et-Moselle, quelle place accordez-vous à ces enjeux dans la stratégie de votre organisme ?

Mon cap est clair : indépendamment des décisions gouvernementales, nous pouvons – et nous devons – agir à notre échelle. C’est une évidence pour toute organisation, et cela l’est encore davantage pour une CPAM, parce que la santé et l’environnement sont indissociables. Mes prises de parole sur LinkedIn visent à rendre visible ce que nous faisons et à donner envie de s’engager.

Ce choix s’est structuré en 2021, en pleine crise Covid, lorsque nous avons redéfini collectivement la place de la CPAM sur son territoire. Avec la Fresque de la Renaissance écologique, nous avons identifié des leviers concrets autour de la solidarité, de la responsabilité et de la sobriété. Cela a nourri notre projet d’entreprise : « CPAM54, Objectif Santé Durable – engagée sur le territoire, solidaire et responsable, plus proche, plus simple, plus efficace ».

L’été 2022 (températures extrêmes, incendies) a été un accélérateur. Et, sur un plan plus personnel, les questions de mes enfants, entrés dans l’âge adulte, ont rendu le sujet très concret.

Sur les 12 à 24 mois à venir, nous concentrons nos efforts sur trois priorités : un projet immobilier à Nancy pour traiter une passoire thermique, les mobilités (développement du vélo et verdissement de la flotte), et l’alimentation saine et durable. La démarche est pilotée de façon transverse, avec une éco-référente, des comités techniques et un comité de pilotage réunissant le CoDir.

Enfin, nous intégrons ces enjeux dans nos métiers : accompagner les professionnels de santé en ajoutant une « brique verte », et développer une prévention plus en amont, notamment sur la santé environnementale.

La réussite d’une démarche de transition écologique repose largement sur l’implication des équipes. Comment mobilisez-vous vos collaborateurs pour qu’ils s’approprient cette dynamique et en deviennent des acteurs à part entière ?

Nos équipes reflètent la diversité de l’opinion publique : certains sont déjà convaincus, d’autres curieux, et d’autres plus réfractaires quand cela implique de changer des habitudes. Nous avons donc choisi une approche simple : avancer par l’action, pas par les grands discours.

Concrètement, nous avons multiplié les ateliers « fresques » à tous les niveaux hiérarchiques, et organisé des formations sur les métiers à impact. Avec notre directrice adjointe, la référente environnement et moi-même, nous avons suivi plusieurs mois un accompagnement (WeCount) pour structurer notre stratégie climat.

Nous complétons par :

  • une communication régulière à bas bruit (l’Econews newsletter qui sort 2/3 fois par an pour sensibiliser sur la transition écologique de façon générale : le dernier numéro était sur la sobriété numérique, l’Ecoflash qui est une petite info qui sort tous les mois dans notre intranet et qui parle des petites bonnes pratiques qu’on met en œuvre le dernier était sur sèche-mains dans les sanitaires)
  •  des mini-conférences (par exemple sur les perturbateurs endocriniens) 
  • et enfin par une mise en cohérence de certaines règles internes : choix de transport pour les déplacements professionnels, et repas financés par l’employeur désormais végétariens (sauf assemblée générale).

Le facteur le plus mobilisateur reste le soutien aux initiatives du terrain. Le plan vélo, porté par deux collègues passionnés, en est un exemple : quand une idée est bonne, nous l’appuyons.

Et tout cela nous le faisons en essayant de :

  • Donner du temps et avancer par petits pas pour installer des réflexes durables.
  • S’appuyer sur les managers pour informer, relayer et amplifier les initiatives.
  • Valoriser les contributions et les résultats (communication interne/externe, infographie annuelle sur nos consommations énergétiques).
  • Être exemplaire : je n’utilise plus ma voiture au quotidien depuis près de deux ans ; je viens à vélo.
     

Pouvez-vous nous donner quelques exemples d’initiatives concrètes mises en œuvre au sein de votre organisme en matière de réduction de l’empreinte environnementale ?

Nous privilégions des actions utiles, visibles et, autant que possible, mesurables.

D’abord, notre projet immobilier à Nancy : il est très avancé et nous entrons bientôt en phase d’avant-projet définitif. Au-delà de l’enjeu énergétique (isolation d’un bâtiment très consommateur), nous voulons un projet à impact positif, avec réemploi du mobilier et réflexion sur les espaces de restauration pour promouvoir une alimentation plus saine et plus durable.

Ensuite, les mobilités : dans le cadre de la certification Employeur Pro-Vélo, nous avons modernisé les infrastructures vélo sur nos sites (parkings repensés, racks renouvelés, boîtes à outils, stations de gonflage, casiers), créé des espaces douche et animé des ateliers toute l’année (tests de vélos à assistance électrique, réparation). Résultat : de moins d’une dizaine de cyclistes quotidiens, nous sommes passés à plus d’une trentaine.

Enfin, l’alimentation saine et durable : chaque trimestre, une animation autour des fruits et légumes de saison (recettes, dégustations, ateliers). En octobre, nous avons par exemple fait découvrir une purée de panais et une poire. Et pour garder le côté ludique, nous organisons des challenges : ce matin, j’ai par exemple remis un wok à la gagnante d’un jeu « spécial hiver ».

Comment la nouvelle version du référentiel RSO de la Sécurite sociale s’intègre-t-elle dans la démarche de transition écologique de la CPAM de Meurthe-et-Moselle ?

Le référentiel RSO 2025 (« Ensemble pour un avenir durable ») est sorti après le lancement de notre démarche locale : il n’a donc pas été notre point de départ. En revanche, il confirme que la trajectoire engagée avec « Objectif Santé Durable » est cohérente avec les ambitions portées nationalement.

La nouvelle version met aussi en avant des thématiques importantes pour la suite : santé environnementale, biodiversité, numérique responsable. Elle renforce notre envie d’amplifier.

Enfin, elle nous invite à progresser sur l’association des parties prenantes et du dialogue social : parler plus régulièrement au CSE de notre trajectoire carbone et du plan d’action associé, et intégrer systématiquement l’impact environnemental dans tous nos projets d’organisation présentés en instance.

Pour conclure, quel message souhaiteriez-vous adresser à une directrice ou un directeur qui cherche à renforcer l’engagement de son organisme en faveur de la transition écologique ?

Je donnerais trois conseils : démontrer que c’est faisable avec des petites actions concrètes ; faire de la transition écologique un projet collectif en valorisant les idées des équipes ; et accepter le temps long, car il s’agit d’installer des réflexes durables.

Le piège à éviter, c’est une démarche perçue uniquement comme une série de contraintes : elle doit devenir un réflexe dans toutes nos activités quotidiennes.

Pour conclure, je suis convaincue que la transition écologique se gagne par la cohérence : des actes, des preuves, et du collectif. 

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