De la stratégie à l'action : la démarche numérique responsable d'iMSA
Clotilde Maury, chargée d'études RSE et numérique responsable chez iMSA
Engagée dans le pilotage des démarches RSE et numérique responsable, Clotilde Maury contribue à faire de ces enjeux un axe structurant de la stratégie d'iMSA, le groupement d'intérêt économique (GIE) en charge du système d'information de la Mutualité sociale agricole (MSA). Dans un contexte marqué par l'obtention récente du label Numérique responsable de niveau 2 de l'Institut du numérique responsable (INR) et la publication du bilan RSE 2025, Clotilde Maury revient sur les principaux leviers mis en œuvre, les résultats obtenus et les perspectives d'un numérique plus responsable au service du régime agricole.
Pour commencer, pouvez-vous nous présenter votre rôle au sein d'iMSA et nous expliquer comment s'articulent les sujets RSE et numérique responsable dans vos missions ?
Je suis en charge de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) d'iMSA. En tant que structure informatique, la responsabilité numérique des entreprises occupe une place importante dans notre démarche. Je travaille aux côtés des équipes afin de maîtriser, voire de réduire, les impacts sociaux et environnementaux du numérique. Mon rôle consiste à piloter la mise en œuvre de nos engagements RSE et numérique responsable.
iMSA a récemment obtenu le label Numérique responsable de niveau 2 de l'INR. Quels ont été les facteurs de réussite et les défis à relever pour atteindre ce niveau de labellisation ?
Je mettrais trois éléments en avant :
- l'engagement de la direction : le numérique responsable doit véritablement être au cœur de la stratégie de l'organisation, et l'ensemble de la direction doit être aligné sur les efforts à fournir pour atteindre les objectifs fixés ;
- une équipe pluridisciplinaire mobilisée autour de la labellisation : chez iMSA, nous avons nommé une vingtaine de porteurs répartis sur l'ensemble des thématiques du référentiel du label Numérique responsable (gouvernance, achats responsables, formation, écoconception, accessibilité, communication, etc.). Leur mission consiste à intégrer les engagements pris dans les pratiques quotidiennes et à faire remonter les indicateurs de terrain ;
- enfin, le pilotage : il est important de coordonner les porteurs, la direction et les engagements pris, tout en ayant une bonne connaissance du fonctionnement du label et des attendus de l'agence Lucie (organisme de labellisation). L'étape de la labellisation est importante, mais ce n'est qu'un début. Il est nécessaire de continuer à piloter régulièrement l'avancement de la démarche et d'identifier les éventuels points de blocage afin de maintenir le niveau atteint et de réussir l'audit de mi-parcours.
Comment avez-vous réussi à mobiliser les directions métiers, les équipes informatiques et les collaborateurs autour de cette démarche ?
En travaillant avec eux dès le départ. L'avantage d'un tel label, c'est qu'il est porteur de sens. Il faut donc communiquer auprès de l'ensemble des parties prenantes, prendre le temps d'apporter des réponses afin d'assurer la bonne compréhension des directions et des équipes, mais aussi poser les bonnes questions et s'assurer de leur adhésion. Ce type de label se construit collectivement grâce aux expertises de chacun.
En complément de cette démarche de labellisation, quelles sont aujourd'hui les principales actions mises en œuvre par iMSA pour réduire l'impact environnemental du numérique et promouvoir des usages plus responsables ?
Nous avons structuré notre démarche autour de neuf chantiers prioritaires, regroupés en plusieurs axes complémentaires.
Le premier concerne la stratégie et la gouvernance. Cela passe notamment par le pilotage, la mesure et la mise en place des indicateurs de suivi, la communication en interne et en externe, l'animation et l'adhésion de nos parties prenantes et le développement des compétences dans les métiers.
Un deuxième axe porte sur la transformation de nos pratiques métiers. Nous travaillons à intégrer les critères du numérique responsable dans nos processus et nos rituels, notamment grâce au déploiement de relais de conception responsable au sein des équipes. Cela s'accompagne également d'actions en faveur de l'écoconception, de l'accessibilité et du décommissionnement.
Enfin, le troisième axe se focalise sur nos retours utilisateurs auprès de nos caisses et de nos partenaires.
Votre bilan RSE 2025 témoigne de la diversité des actions menées par iMSA, au-delà du seul numérique responsable. Si vous deviez retenir deux ou trois réalisations majeures, lesquelles citeriez-vous et pourquoi ?
L'année 2025 a été une année de restructuration. Nous avons redéfini nos objectifs RSE ainsi que notre feuille de route à travers notre politique RSE. En parallèle de cette nouvelle organisation, nous avons poursuivi de nombreuses actions.
Parmi les réalisations qui me paraissent les plus marquantes, je citerais d'abord notre gestion des équipements informatiques. Nous avons signé deux partenariats afin de nous assurer que tous nos équipements en fin de vie soient reconditionnés. Nous avons également relancé les dons d'équipements à des associations, en retravaillant notamment notre processus interne et notre convention de don.
Je souhaite également mettre en avant notre engagement en faveur de la valorisation des femmes dans les métiers de l'informatique. Il s'agit d'une action historique chez iMSA et, en 2025, 200 jeunes filles ont été sensibilisées à ces enjeux grâce à nos 33 marraines « Elles bougent ».
Enfin, nous avons poursuivi nos actions en faveur de la mobilité douce. Depuis 2020, iMSA interdit les déplacements professionnels en avion et, dès 2022, nous avons installé des bornes de recharge électrique sur nos sites. En 2025, nous avons renforcé cette dynamique en prolongeant une ligne de bus reliant le site de Montauban à la gare et en mettant à disposition de nos collaborateurs l'application de covoiturage Karos, qui permet de réaliser des gains à la fois écologiques et économiques grâce aux aides des collectivités et des régions.
Quels sont les principaux défis que vous anticipez pour les prochaines années en matière de numérique responsable, notamment dans un contexte d'accélération des usages numériques et du développement de l'intelligence artificielle ?
À mon sens, le principal défi consiste justement à maintenir l'alignement de la stratégie et à ne pas opposer RSE et innovation. Nous devrons être encore plus vigilants quant à la maîtrise de nos impacts environnementaux et des risques associés au numérique afin de pouvoir continuer à exercer notre métier.
Pour cela, il faudra être en capacité de mesurer les impacts des usages et des solutions d'intelligence artificielle que nous intégrerons chez iMSA. Nous devrons également affiner notre gestion des risques en identifiant plus précisément les principaux risques environnementaux, sociaux et géopolitiques associés au numérique, puis en mettant en place des plans d'action et d'anticipation adaptés.
Pour conclure, quel conseil donneriez-vous à un organisme de Sécurité sociale souhaitant structurer ou renforcer sa démarche de numérique responsable ?
D'y aller sérieusement en embarquant l'ensemble des parties prenantes. Je ne pense pas qu'il soit encore possible de faire du numérique sans intégrer une démarche de soutenabilité. Il faut comprendre qu'il s'agit d'une véritable transformation, d'une nouvelle manière de concevoir le numérique, et au vu des contextes écologiques et géopolitiques, sans doute de la seule qui nous permettra de continuer à en faire.
Une fois ce constat partagé par l'ensemble de l'organisation, la structuration de la démarche demande du temps et de l'expertise. Il est donc, à mon sens, indispensable de disposer d'un ou d’une pilote à temps plein pour porter la démarche de numérique responsable et de ne pas hésiter à se faire accompagner lorsque cela est nécessaire.