Bandeau Université d'Automne 2007

Atelier 9

Le management environnemental : un virage vert pour l'institution

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Participaient à cet atelier : Les débats étaient animés par :
Patrick NOSSENT Patrick NOSSENT, Président de Certivéa Christophe DIAZ Christophe DIAZ, UCANSS

Christophe DIAZ

Je vous remercie de participer à cet atelier qui porte sur le management environnemental. Celui-ci se déroulera en trois phases :

les enjeux ;
la filière construction ;
l’exploitation du bâtiment

Chaque partie durera une vingtaine de minutes ; à l’issue de chacune d’elles, vous pourrez poser vos questions. Je passe la parole à Patrick Nossent, Président de Certivéa.

Les enjeux

Patrick NOSSENT

Certivéa est la filiale de certification du Groupe CSTB (établissement public de recherche). Certivéa est notamment chargé de certifier les bâtiments tertiaires, sur la base de la marque NF « bâtiments tertiaires démarche HQE ». Le management environnemental constitue l’une des composantes de cette certification.

Vous avez eu l’occasion de voir hier le film d’Al Gore, Une vérité qui dérange. Je ne reviendrai donc pas sur les enjeux planétaires, car vous êtes désormais tous conscients que l’activité humaine a un impact sur l’environnement et que, réciproquement, l’environnement évoluant, il risque d’avoir un impact sur notre activité (économique, sociale). Le défi est considérable, ce qui nécessite que nous prenions en compte cette question.

Chiffres et contexte

Je concentrerai mon propos sur le bâtiment. En effet, lorsque l’on aborde les questions de gaz à effet de serre ou de changement climatique, il est souvent fait référence aux transports, voire à l’agriculture, mais rarement aux bâtiments, or ceux-ci représentent plus de 45 % de la consommation énergétique totale en France. Pour comparaison, 24 % de l’énergie est consommée par les transports et 27 % par l’industrie.

La part du bâtiment dans l’émission de CO2 est moindre, puisqu’elle s’élève à 25 %, contre 28 % pour les transports, 12 % pour l’agriculture et 22 % pour l’industrie. Le bâtiment arrive malgré tout au deuxième rang.

L’écart entre la consommation d’énergie et l’émission de CO2 tient à l’importance du parc nucléaire en France. Grâce à celui-ci, une grande part de l’énergie consommée par les bâtiments est issue de l’énergie nucléaire et ne se traduit donc pas par des gaz à effet de serre – même si elle pose d’autres problèmes (déchets, risques, etc.).

Nous sommes aujourd’hui capables de consommer moins d’énergie. Un logement construit avant la réglementation thermique consomme en moyenne 400 kWh par an et par mètre carré ; un logement français moyen consomme 200 kWh par an et par mètre carré ; un logement qui respecte la réglementation RT 2005 en consomme environ 100. Si tous les logements français suivaient cette norme, nous consommerions ainsi quatre fois moins d’énergie que si aucun ne la respectait et la consommation moyenne du parc actuel serait divisée par deux.

Les objectifs du Protocole de Kyoto sont encore plus exigeants, puisqu’ils visent à diviser la consommation du parc par quatre, afin de parvenir à un niveau moyen de 50 kWh par an et par mètre carré. Il convient donc d’aller au-delà qu’une mise aux normes de la RT2005 de tous les logements existants, en mettant en place des bâtiments « basse consommation ». Sur le plan technique, nous sommes aujourd'hui capables d’en construire. Il nous faut toutefois définir l’économie de ces projets, mobiliser les compétences adéquates et convaincre les Français de s’engager dans ces constructions. Même si les technologies sont susceptibles de s’améliorer, le problème réside surtout dans la volonté des individus et le management de ces projets.

Contribution GES (Gaz à Effet de Serre)

Même si la contribution du secteur du bâtiment à l’émission de gaz à effet de serre est aujourd'hui minime, elle a tendance à augmenter. Par comparaison, elle diminue en matière de production d’énergie (-7 % en dix ans), de production de déchets (-4 %), ainsi qu’aux niveaux de l’industrie (-14 %) et de l’agriculture (-6 %) ; elle est, en revanche, en hausse dans les transports (+21 %) et le bâtiment (+17 %). Cette situation pose question, dans la mesure où nos véhicules sont de plus en plus performants – les fiches des constructeurs montrent que leur consommation diminue ; le problème vient de ce que nous nous déplaçons de plus en plus.

Il en va de même des bâtiments : même s’ils sont de plus en plus performants, les surfaces augmentent et nous utilisons de plus en plus d’énergie. C’est ce que j’appelle le « syndrome de l’écran plasma ». La technologie de l’écran plasma permet de consommer moins qu’un écran cathodique… à taille égale. Le fait que la taille des écrans ait tendance à augmenter, explique qu’au final, nous consommions davantage d’énergie. J’aurais pu également utiliser l’exemple des réfrigérateurs qui sont désormais « king size » ou dont le nombre est multiplié par deux (un dans la cuisine et un dans la cave). Nous multiplions les usages énergétiques, tout en utilisant des appareils plus performants.

Dans certains secteurs, le bilan est positif, mais il ne l’est pas dans celui de la construction. Nous devons donc non seulement améliorer la conception des bâtiments, pour que ceux-ci soient plus performants au mètre carré, mais également modifier nos comportements et nos usages– ce qui ne constitue plus une question de technique, mais de management.

Déchets

Le même raisonnement vaut également pour les déchets. Le bâtiment est responsable d’environ 40 % des déchets. Il s’agit pour moitié de déchets de construction et pour moitié de déchets d’activité.

Pour réduire les déchets de construction, plusieurs solutions sont possibles, telles que l’utilisation de certaines associations de matériaux de construction qui rejettent moins de déchets. Par exemple, lorsque l’on construit une maison individuelle, il est possible d’évaluer la taille de son toit en fonction de la surface que l’on souhaite lui donner, mais également en fonction du nombre de tuiles que contient un paquet de tuiles... Cette approche est très efficace et peut permettre de réduire de 10 à 20 % la quantité de déchets de construction. Autre exemple : au lieu de construire totalement un mur, puis d’en détruire une partie au marteau-piqueur pour y installer une fenêtre, il est préférable de prévoir une réserve dès le départ. A mes yeux, l’utilisation d’un marteau-piqueur sur un chantier est un signe de non-qualité du bâtiment. Si l’objectif de réduction des déchets est pris en compte dès le départ, il existe de nombreux moyens pour l’atteindre.

Les déchets d’activité, c’est-à-dire les déchets qui sont produits par l’activité à l’intérieur du bâtiment, peuvent également être réduits en mettant en place, dès la conception du bâtiment, des dispositifs qui permettent de favoriser leur tri (bacs de tri, surface de stockage). Il convient ensuite de mobiliser les usagers autour de cette pratique. Là encore, il s’agit d’une question de management.

Consommation d’eau

Le secteur du bâtiment consomme moins d’eau que l’industrie et l’agriculture. Il est toutefois intéressant de constater que 38 % de l’eau consommée par les bâtiments correspond à un usage alimentaire. Pour tous les autres usages, nous aurions ainsi la possibilité d’utiliser de l’eau non potable. Pourtant, nous utilisons de l’eau potable dans nos toilettes, par exemple. Considérant toute l’énergie que nécessite le filtrage de l’eau potable, son traitement et son transport, il est regrettable de penser qu’une partie est utilisée ainsi. De façon alternative, nous pourrions récupérer l’eau de pluie, afin, d’une part, d’éviter son rejet dans des réseaux communaux qui sont souvent engorgés et, d’autre part, de réduire la consommation d’eau potable. Ceci nécessite quelques précautions sanitaires, en particulier le fait d’empêcher les enfants de boire l’eau des toilettes… Si cette problématique peut se comprendre dans le cas d’une école maternelle, l’enjeu paraît abordable dans les immeubles de bureaux. Le gain serait très important.

Consommation de territoire

Nous consommons par ailleurs 1 % de territoire par an, en construisant sur des surfaces de plus en plus importantes. Le résultat est une imperméabilisation croissante des sols. Les espaces verts contribuent pourtant à la rétention d’eau, constituent des « puits de carbone » et assurent le maintien de la biodiversité. Le rythme actuel de la construction conduit ainsi à faire reculer la biodiversité, à réduire les puits de carbone et à aggraver les phénomènes d’inondation, du fait à la fois de l’imperméabilisation et du changement climatique qui se traduit par une alternance de périodes de sécheresse et de pluie. Nous contribuons finalement à nos propres catastrophes. Il serait possible de consommer moins de territoire, en concentrant les logements. Le débat se pose aujourd'hui entre les avantages de la ville dense et ceux de la campagne. Des arguments sont valables dans les deux cas.

Il est cependant certain que les lieux de travail doivent aujourd'hui être rapprochés des lieux de logement, afin d’éviter les consommations d’énergie liées aux transports. Si ce choix relève de l’urbanisme, et non de la liberté de chacun, les entreprises ont en revanche la possibilité de choisir de construire leurs bureaux près de moyens de transport collectifs et de ne pas imperméabiliser les sols (en mettant en place des toitures et des parkings végétalisés).

Consommation de matières naturelles

Le fait que la taille de nos bâtiments soit de plus en plus importante pose également problème. Nous utilisons en effet, en quantités importantes, des matières naturelles qui sont extraites de carrières ou du débit des rivières. Ce faisant, nous induisons un bouleversement écologique à la source. De surcroît, les bons agrégats sont de plus en plus rares, si bien qu’il faut se rendre de plus en plus loin pour en trouver, ce qui accentue le problème écologique. Se pose alors la question des biomatériaux, c’est-à-dire des matériaux qui sont cultivés (le bois, la paille, le chanvre). L’idée est intéressante, dans la mesure où elle permet d’utiliser des ressources renouvelables et de donner du travail aux agriculteurs. Elle a cependant deux limites.

Il faut tout d’abord s’assurer que ces matériaux poussent dans de bonnes conditions (sans pesticides et sans consommation excessive d’eau), par exemple en utilisant le bois de forêts gérées – en France, cette filière n’est cependant pas organisée, contrairement au Canada.

Il convient ensuite de veiller à ce que les matériaux soient performants – un biomatériau utilisé comme isolant, par exemple, doit isoler correctement, afin de ne pas émettre des tonnes d’équivalents pétrole dans l’atmosphère –, ce qui implique dans certains cas, sur la base du bilan écologique global et de long terme, de privilégier un isolant industriel.

Une analyse globale du cycle de vie du bâtiment doit ainsi être effectuée, car si certains matériaux naturels sont favorables à l’environnement, d’autres ne le sont pas. Nous disposons d’outils permettant d’effectuer ces calculs. Il s’agit simplement de réfléchir en amont au problème, afin de prendre les décisions adéquates au moment de la conception du bâtiment.

Qualité de l’air intérieur

La qualité de l’air intérieur fait également partie de l’environnement. L’Observatoire de la qualité de l’air intérieur indique que les citadins – c’est-à-dire 4/5 des Français – passent 23 heures par jour dans une atmosphère confinée – lorsqu’ils travaillent, sont chez eux, font leurs courses, circulent dans les transports en commun, etc. L’Observatoire indique également que la qualité de l’air intérieur est plus dégradée qu’à l’extérieur : en effet, non seulement la pollution de l’air extérieur pénètre dans le bâtiment lorsque celui-ci est aéré, mais les matériaux de construction génèrent également une pollution, de même que les produits d’entretien. Les méthodes pour améliorer l’air intérieur sont de plus en plus connues :

ventiler – soit en ouvrant la fenêtre (à son domicile), soit en mettant en place des systèmes d’aération (dans les bureaux), dont il faut vérifier qu’ils ne sont pas bouchés ;
utiliser des produits moins toxiques pour l’environnement (produis d’entretien, moquette, etc.).

Cette première partie permet de constater que les enjeux sont importants, mais qu’il existe déjà des solutions susceptibles d’être mises en œuvre à partir d’une réflexion éclairée et grâce à une volonté d’agir

Débat avec la salle

De la salle

Je m’intéresse à un projet d’installation de cuve permettant de récupérer l’eau de pluie. Je me suis renseignée auprès de la DDASS pour connaître la réglementation applicable dans nos organismes. Il m’a été répondu que le Haut Comité de Santé publique était fortement opposé à une telle installation.

Patrick NOSSENT

Il existe une certaine contradiction, à l’heure actuelle, entre les positions prises par les institutions publiques. D’un côté, le Ministère de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement Durables (MEDAD) incite à économiser l’eau en récupérant l’eau de pluie. Des amendements ont récemment été adoptés pour exonérer d’impôts les récupérateurs d’eau de pluie, à l’instar des autres modes d’énergie renouvelable. De l’autre, la DDASS, qui représente le Ministère de la Santé, veille à ce que ne surviennent pas de problèmes de santé publique liés à l’utilisation d’eau non potable.

Des réunions interministérielles ont cependant clarifié la situation. Ainsi, la circulaire de la Direction Générale de la Santé, publiée en mars 2007, précise dans quelles conditions il est possible d’utiliser cette eau. Cette circulaire est destinée aux DDASS, celle-ci devant donner leur agrément à toute utilisation d’un dispositif de récupération d’eau de pluie. Dans les logements, cette eau ne peut être utilisée que pour des usages extérieurs (arrosage du jardin, lavage de la voiture, etc.). Il y a en revanche danger à l’utiliser à l’intérieur du bâtiment, dans la mesure où il n’est pas possible de garantir qu’un particulier bricoleur ne commettra pas une erreur en branchant son système de récupération d’eau de pluie sur l’alimentation du réseau d’eau de sa cuisine. Dans les constructions neuves, les doubles réseaux sont ainsi interdits. De façon paradoxale, ils sont toutefois autorisés dans les constructions anciennes – voire encouragés par un crédit d’impôt –, ce qui peut permettre à un particulier d’acheter un système chez un revendeur et de l’installer chez lui.

Dans les bâtiments tertiaires, ce système est permis, dès lors qu’il est géré par un gestionnaire professionnel. Vous pouvez donc vous prévaloir de cette circulaire pour convaincre la DDASS de progresser dans cette voie.

De la salle

J’ai récemment contacté un fournisseur pour mettre en place des cloisons isolantes. Je lui ai parlé de la fibre de bois, mais il m’a indiqué que la réglementation l’interdisait dans les établissements recevant du public et qu’il utiliserait donc de la laine de roche. Je souhaiterais des précisions quant à la réglementation applicable dans ce domaine et quant à la possibilité d’avoir recours à des biomatériaux.

Patrick NOSSENT

Les biomatériaux posent des questions de performance, mais aussi des questions sanitaires et de sécurité. Dans le cas que vous citiez, il s’agit de respecter la réglementation incendie. Celle-ci n’empêche pas d’utiliser le bois, mais exige de le traiter, ce qui peut être dangereux pour la santé. La fibre de bois n’est sans doute pas le matériau le plus adapté à votre situation. D’autres biomatériaux pourraient l’être davantage. Tous les matériaux ont des avantages et des inconvénients ; aucun n’est la panacée. Le chanvre offre a priori un bon bilan écologique, mais doit être traité. Chaque matériau doit être utilisé dans des conditions maîtrisées et nécessite que le prestataire choisi soit capable de l’utiliser, c’est-à-dire qu’il connaisse ses précautions d’emploi.

La filière construction
Association HQE

Patrick NOSSENT

La filière construction s’est organisée autour de l’association HQE (Haute Qualité Environnementale), qui a été créée en 1995 et est aujourd'hui reconnue d’utilité publique. Celle-ci regroupe tous les acteurs de la filière : les promoteurs, les constructeurs, les entreprises, les artisans, les architectes, les bureaux d’études, les fabricants de matériaux… mais relativement peu d’utilisateurs. Le travail effectué au sein de cette association a permis d’anticiper les défis actuels et a conduit à définir une méthodologie.

Elle permet tout d’abord de définir le bâtiment HQE comme un bâtiment qui permet de maîtriser les impacts sur l’environnement extérieur et dont l’espace intérieur est sain et confortable – ce qui se traduit aujourd'hui par la marque NF démarche HQE.

Elle permet ensuite de déterminer la manière dont la filière doit se mobiliser pour construire des bâtiments HQE, en indiquant qu’il s’agit d’une démarche de management visant à obtenir la qualité environnementale souhaitée – les Français sont les seuls à avoir modélisé la manière d’obtenir des résultats par l’implication de chacun des acteurs.

Système de management

Un système de management correspond à l’ensemble des éléments qui permettent de fixer des objectifs environnementaux pertinents, de s’organiser pour les atteindre et d’améliorer les résultats de manière continue.

Comme je l’indiquais précédemment, l’utilisation des biomatériaux ou de l’eau de pluie n’est pas toujours pertinente selon le contexte. De manière générale, les enjeux environnementaux dépendent de la localisation géographique du bâtiment – laquelle peut induire un climat continental plutôt froid ou un climat méditerranéen plutôt chaud et humide –, et de l’usage du bâtiment – la consommation d’eau, par exemple, est plus importante dans un logement que dans un bureau. La capacité à fixer des enjeux environnementaux pertinents est par conséquent fondamentale. Il n’existe pas de standard environnemental unique pour tous les bâtiments.

Le système de management suppose également d’améliorer sans cesse les dispositifs, en ayant recours aux solutions les plus innovantes.

 
Les questions pertinentes

Le système de management environnemental suppose de se poser un certain nombre de questions.

Quelles sont les parties intéressées et leurs attentes ? Même si l’impact sur l’environnement est fondamental, l’être humain reste au cœur des préoccupations (notamment sa santé) ; son comportement a en outre des effets majeurs dans la réussite de l’opération.

Quels sont les enjeux environnementaux pertinents en fonction de la situation et des activités ? Cette question renvoie à la localisation géographique et à l’usage du bâtiment.

Quels sont les objectifs que je me fixe et quels moyens je me donne pour les atteindre ?

Comment dois-je m’organiser pour atteindre mes objectifs ? Est-ce que je dispose des compétences adéquates en interne ou à l’extérieur et comment puis-je les mobiliser ? Je peux recourir à un consultant pour effectuer le travail à ma place ou pour lui demander de transmettre son savoir à mes équipes afin qu’elles assurent cette tâche dans la durée.

Comment puis-je contrôler l’avancement du projet ? Il faut être certain de pouvoir réagir si le projet ne se déroule pas comme prévu, avant qu’il ne soit trop tard.

Comment puis-je capitaliser sur les retours d’expérience et quels sont les nouveaux objectifs que je me fixe ? Il s’agit de tirer des leçons à chaque étape pour être en mesure d’améliorer le bâtiment au fur et à mesure de sa conception, de sa construction et de son exploitation.

Lien entre objectifs et politique

Le système de management doit être unique, afin d’éviter que les politiques mises en œuvre – en matière de social, d’environnement, de confort, etc. – entrent en contradiction les unes avec les autres.

A première vue, la logique pourrait consister à restreindre les constructions environnementales sur les individus les plus riches. Or il est d’autant plus important de réduire l’énergie consommée lorsque le ménage est peu solvable, car il faut se préoccuper de la possibilité qu’il aura de payer sa facture d’électricité. S’il fallait effectuer un choix, les politiques environnementales devraient avant tout cibler les foyers aux revenus les plus modestes. En réalité, je pense que ce choix ne se pose pas : l’environnement doit concerner tout le monde et donner lieu à une politique globale. Les objectifs que fixe le système de management doivent permettent de trouver un équilibre entre les différentes préoccupations identifiées.

Un équilibre doit également être trouvé entre les attentes et les enjeux. D’après la démarche qualité (ISO 9000), les attentes sont celles du personnel, des utilisateurs, des riverains ou de la collectivité qui sont concernés par le bâtiment que vous construirez, tandis que les enjeux correspondent aux contraintes et aux opportunités – celles du site et de la planète, celles liées à la réglementation et aux engagements internationaux.

Les moyens, en termes de budget, de compétences et d’organisation, doivent également être définis, dans la mesure où les objectifs en dépendent. Il est en effet préférable de se fixer des objectifs moins ambitieux afin d’être certain de pouvoir les tenir. En effet, le fait de prouver qu’une démarche HQE est possible permet d’engager une dynamique de succès. Si, à l’inverse, les intentions affichées ne débouchent pas sur des résultats, le risque est d’enclencher une dynamique de l’échec qui décrédibilise l’ensemble de la démarche.

En matière de construction, vous pouvez reprendre les 14 cibles de la démarche HQE, qui constituent aujourd’hui la base du dialogue avec les différents acteurs de la filière. Vous êtes cependant libres d’en ajouter d’autres. Il ne s’agit que d’un outil mis à votre disposition. Les 14 cibles se répartissent en quatre grands sujets :

la maîtrise des impacts sur l’environnement extérieur ;
la création d’un environnement intérieur sain et confortable ;
l’éco-gestion ;
la santé.

La démarche se déroule en plusieurs étapes : une fois que les objectifs sont fixés et que chaque intervenant se voit assigner l’une des tâches qui permet de les atteindre, il s’agit de procéder à des vérifications, en veillant aux éventuelles dérives ou en prenant en compte de nouveaux éléments susceptibles de remettre en cause l’équilibre d’ensemble. Ces contrôles doivent déboucher sur des réactions, afin de progresser – en modifiant un paramètre permettant d’atteindre l’objectif ou en modifiant l’objectif lui-même. Lorsque le bâtiment est construit, il convient de réaliser un bilan et de capitaliser sur les retours d’expérience.

L’exemple de l’hôtel de ville des Mureaux

L’hôtel de ville des Mureaux est le premier bâtiment certifié HQE. Cent bâtiments ont aujourd'hui obtenu cette certification.

Les objectifs généraux que la municipalité des Mureaux s’est fixée pour reconstruire son hôtel de ville sont les suivants :

obtenir une meilleure efficacité des services

De nombreux organismes publics ont aujourd'hui la préoccupation d’améliorer l’efficacité de leurs services – celle-ci étant garante de leur légitimité.

réaliser des économies de charges

La municipalité des Mureaux souhaitait en outre être exemplaire en matière d’économies de charges.
rénover le(les) quartier(s) environnant(s)

Compte tenu de besoins importants de requalification de certains quartiers de la ville, la municipalité a également souhaité profiter de cette opération pour embellir l’espace public urbain entourant l’hôtel de ville.

Ces objectifs généraux fixés par le maire n’évoquent que peu la question de l’environnement. Les Verts sont pourtant très présents au Conseil municipal, où ils forment une coalition avec le Parti socialiste. Lors de l’audit, face à l’étonnement que suscitait une si faible préoccupation face aux questions écologiques, le maire a indiqué que celles-ci seraient prises en compte, mais qu’elles ne constituaient pas l’unique but de la démarche. Son objectif n’était pas que la ville soit exemplaire sur le plan environnemental. Sa vision était avant tout celle d’un manager. Il n’en demeure pas moins qu’il a réalisé le premier bâtiment certifié HQE et a ainsi amélioré de façon significative les impacts environnementaux de la mairie.

Alors que les défenseurs de l’environnement ont généralement tendance à mettre en avant la nécessité de réduire les impacts – sous-entendu négatifs – sur l’environnement, il convient aujourd'hui de changer de paradigme, en prenant en compte le fait que ces opérations peuvent également être l’occasion d’améliorer l’environnement. La rénovation de la mairie des Mureaux a permis d’embellir les quartiers environnants, c’est-à-dire d’améliorer la vie urbaine, mais aussi de réhabiliter le parc situé à proximité, qui était quasiment à l’état d’abandon.

Il est important de se placer dans une logique qui ne consiste pas seulement à limiter la dégradation de l’environnement, mais vise également à l’améliorer. Un bâtiment HQE doit, certes, consommer moins d’énergie et moins d’eau, mais il peut aussi accroître les impacts positifs de l’environnement, par exemple en créant un toit végétalisé qui retienne l’eau de pluie.

L’hôtel de ville des Mureaux a par ailleurs utilisé des pierres qui avaient été récupérées d’un autre bâtiment détruit à proximité. Là encore, cet exemple est l’illustration d’une logique gagnant/gagnant.

Non seulement, cette méthode a permis de réduire le prélèvement de ressources naturelles, d’éviter des déchets du bâtiment détruit et de limiter les transports de déchets et de nouveaux matériaux, mais il a assuré une certaine continuité architecturale au sein de l’espace public. Si les réflexions avaient été cloisonnées entre l’architecte, les bureaux d’études et la municipalité, ces solutions n’auraient peut-être pas émergé.

Concernant les économies de charges, la municipalité avait pensé dès le départ à renforcer les isolations, mais pas à mettre en place une pompe à chaleur. Elle pensait en effet que les énergies renouvelables se limitaient à la pose de panneaux photovoltaïques sur le toit ou à l’installation d’éoliennes. Nous demandons systématiquement que les potentialités du site soient analysées, afin de pouvoir envisager les très nombreuses sources d’énergie renouvelable possibles en fonction du site. En l’occurrence, l’hôtel de ville des Mureaux permettait d’installer une pompe à chaleur en profondeur. Cette analyse a malheureusement était réalisée tardivement, ce qui a bouleversé la conception du bâtiment. Le bilan est cependant positif, car ce dispositif leur a permis d’économiser 30 % d’énergie par rapport au projet initial.

Le management environnemental exige de passer un certain temps en amont à se poser les questions, afin de trouver les solutions les plus pertinentes, le plus tôt possible. Plus ces réflexions sont conduites avec retard et plus la mise en œuvre de la solution coûte cher. Or un projet HQE n’est pas nécessairement coûteux, dans la mesure où il existe de nombreuses solutions qui permettent de réaliser des économies – même si certaines exigent d’engager une somme relativement importante au départ.

La municipalité des Mureaux a également installé un chauffe-eau solaire et un système de récupération des eaux de pluie. L’auditeur leur a fait remarquer que, dans le contexte de l’opération, la mairie n’utilisait pas d’eau de pluie, ce qui rendait ces projets peu rentables. Celle-ci a toutefois souligné vouloir être exemplaire dans ce domaine. Dans la mesure où elle avait l’intention de demander à tous les promoteurs de la ville de récupérer l’eau de pluie et d’installer des chauffe-eau solaires, elle a estimé que la moindre des choses était qu’elle en fasse de même, ce qui lui permettait, d’une part, de montrer l’exemple et, d’autre part, de pouvoir expliquer, en toute connaissance de cause, aux promoteurs, quels étaient les systèmes les plus efficients.

La GTB (gestion technique du bâtiment) permet par ailleurs de piloter le bâtiment – par exemple, d’éteindre automatiquement les lumières lorsqu’une salle est vide ou de faire varier la température entre les cycles nocturnes et diurnes. Le système utilisé par l’hôtel de ville des Mureaux a en outre l’avantage de distinguer les paramètres (de chauffage, de lumière, de climatisation) entre la zone nord et la zone sud du bâtiment. Dans l’optique des économies d’énergie, cette GTB dispose également d’un système de comptage de l’énergie consommée, qui permet d’analyser la consommation d’électricité et de l’optimiser (en agissant sur les éventuels problèmes d’entretien, de réglage technique ou d’usage). Il convient toutefois de prendre garde à l’installation de systèmes de haute technologie, car ceux-ci exigent de savoir en assurer la maintenance à long terme.

Concernant la problématique de l’efficacité des services, il existe peu d’études en France. Le confort (visuel, acoustique, etc.) constitue pourtant l’un des déterminants de la productivité au travail. Les Américains, qui ont beaucoup étudié ce sujet, ont démontré que l’absentéisme pouvait être réduit grâce au confort offert aux occupants. Or, dans notre logique économique, nous avons tendance à ne pas prendre en compte la valeur ajoutée que peut apporter l’intérieur du bâtiment, alors qu’elle est fondamentale.

Aux Mureaux, cette question a été prise très au sérieux : la recherche de l’efficacité du service suppose d’abord d’offrir aux agents de bonnes conditions de confort – même si les aspects fonctionnels ne doivent pas non plus être négligés. Lorsque l’on entre dans cette mairie, la lumière naturelle est ce qui marque d’abord. Même si des pare-soleil ont dû être installés pour éviter les fortes chaleurs de l’été, il y règne une ambiance lumineuse très confortable. Le confort thermique d’été est en outre assuré par la toiture végétalisée. Celle-ci permet de récupérer l’eau de pluie, de la retenir pour éviter qu’elle ne ruisselle, mais améliore aussi le confort, ainsi que la vue des fenêtres du haut du bâtiment qui donnent sur la terrasse.

Face au débat que suscite la climatisation, la ville a par ailleurs fait le choix de poser un plancher réversible, lequel est, certes, moins efficace en termes de température, mais constitue malgré tout un système de rafraîchissement. S’il est vrai que la climatisation n’est pas favorable à l’environnement, dès lors qu’elle est utilisée à son maximum dans toutes les pièces d’un bâtiment, à l’inverse, le fait de concevoir un bâtiment sans climatisation et de décider finalement, au bout de cinq ans, d’en installer une sous la pression des occupants, engendre des conséquences sur l’environnement bien pires que si le problème avait été pris en compte dès le départ.

En l’occurrence, la municipalité des Mureaux a choisi d’accroître au maximum le confort thermique d’été par la ventilation naturelle, les pare-soleil et les toitures végétalisées – en adoptant une logique « passive ». En réalisant une simulation thermique dynamique, elle a toutefois constaté qu’elle n’obtenait pas un confort satisfaisant : de fait, la température dépassait 26°C un nombre d’heures et de jours significatifs, ce qui induisait des conditions inconfortables pour les agents. A travers l’installation d’un plancher chauffant, elle a fait le choix d’une climatisation réversible, qui permet un bilan énergétique satisfaisant grâce à une pompe à chaleur.

Refroidissement et environnement ne sont donc pas antinomiques, mais doivent être mariés intelligemment. Un bâtiment dont la façade est entièrement vitrée et qui utilise la climatisation au maximum n’est certes pas une solution intelligente. En revanche, un bâtiment est bien conçu, lorsqu’il est bien orienté et qu’il utilise tous les éléments de la logique passive et y ajoute un petit système de climatisation pour les journées trop chaudes. Il convient de ne pas oublier que le changement climatique suppose l’alternance de journées plus froides et de journées plus chaudes ; les simulations thermiques dynamiques qui sont réalisées actuellement seront peut-être remises en cause dans dix ans. Il apparaît donc important de réaliser un bilan global de la consommation d’énergie pour s’assurer d’une opération à la fois rentable et favorable à l’environnement.

Débat avec la salle

De la salle

Ce bâtiment est certifié HQE. Or vous avez indiqué qu’il n’existait pas de norme HQE. Sur quelle base a-t-il été certifié ?

Patrick NOSSENT

Il a été certifié par rapport à un référentiel. J’utilisais le terme « norme » pour parler de standard. Les spécialistes savent que les normes peuvent être descriptives ou performantielles. Dans le langage commun, une norme est généralement descriptive. C’est en ce sens qu’il n’existe pas de norme HQE.

Il existe en revanche des documents normatifs, qui sont performantiels. Le référentiel de Haute Qualité Environnementale est de cet ordre. Il indique que, pour l’énergie, trois niveaux sont possibles : un niveau réglementaire, un niveau performant (10 % de moins) et un niveau très performant (20 % de moins). A la fin 2007, il existera cinq niveaux, qui correspondront aux niveaux des labels Haute Performance Energétique (HPE) et Très Haute Performance Energétique (THPE). Ils permettront d’ajouter des performances 30 % et 50 % meilleures, ainsi que la notion de « bâtiment à énergie positive ».

Le référentiel HQE offre ainsi une échelle de performances énergétiques. Il en va de même de l’eau et des matériaux. Ces différents niveaux de performance sont appliqués à chacune des 14 cibles, ce qui permet d’évaluer le bâtiment. Ils n’imposent a priori aucune norme de construction (le bois, la pierre, etc.), mais exigent d’économiser les matières premières naturelles. En matière d’énergie, le choix peut consister à atteindre un niveau performant ou très performant. L’auditeur atteste ensuite que les seuils atteints correspondent au référentiel HQE. La certification permet en particulier de distinguer les bâtiments qui vont plus loin que la réglementation.

De la salle

Qui attribue cette certification ?

Patrick NOSSENT

En l’occurrence, celle de l’hôtel de ville des Mureaux a été attribuée par Certivéa. En France, la certification est organisée autour du Code de la Consommation. Chaque certificateur a sa marque de certification. Nous utilisons, pour notre part, une marque collective : la marque NF. Celle-ci appartient à l’AFNOR et est utilisée par deux certificateurs qui ont reçu un mandat de l’AFNOR. Le Code de la Consommation stipule qu’un organisme certificateur doit être indépendant et compétent. Certivéa fait ainsi l’objet d’audits. Notre indépendance ne consiste cependant pas à refuser toute écoute des parties prenantes ; celles-ci participent au contraire à nos instances de décision. Qu’il s’agisse de fixer des référentiels ou d’attribuer une certification, les décisions sont prises par un collège qui comprend des représentants des utilisateurs, des constructeurs, des experts, etc. Les référentiels doivent ensuite être publiés au Journal Officiel. Nous sommes en outre audités régulièrement par le Comité français d’Accréditation.

Dans le secteur du bâtiment, il existe trois organismes certificateurs :

Qualitel pour le logement ;
Ccami pour les maisons individuelles ;
Certivéa pour les bâtiments tertiaires et industriels.

Notre rôle n’est pas de concevoir des bâtiments, mais d’établir un consensus entre les différentes parties intéressées autour des critères de certification. Nous dépêchons ensuite des auditeurs sur le terrain pour vérifier que les critères sont effectivement respectés. Si tel est le cas, nous délivrons un certificat dont peut se prévaloir l’acteur qui a réalisé l’opération.

De la salle

Les auditeurs se rendent-ils sur place une seule fois ou à différents moments de la démarche ?

Patrick NOSSENT

Ils interviennent à différents moments. Les Anglo-saxons n’interviennent qu’au moment de la conception. Si l’audit est positif, l’acteur signe un contrat par lequel il s’engage à réaliser le bâtiment exactement de la manière dont il l’a conçu. Certivéa, quant à lui, accompagne le projet, en intervenant à trois moments-clés – quatre ou cinq, si le projet est particulièrement complexe :
lors de la définition du programme, c’est-à-dire lorsque l’opérateur a réalisé le bilan des contraintes et opportunités du site, a identifié les attentes des parties intéressées, s’est fixé des objectifs environnementaux, a décrit le processus et le budget et a réuni les compétences pour réaliser l’opération – l’audit est préventif, car il permet de corriger les erreurs d’analyse ;
lors de la phase de conception, lorsqu’il s’agit de vérifier que les solutions architecturales et techniques qui ont été proposées par la maîtrise d’œuvre (architecte, bureau d’études) permettent d’atteindre les objectifs fixés – et par conséquent, le seuil minimum de la certification –, ce qui permet, là encore, de prévenir certains problèmes avant que le chantier ne démarre ;
une fois que le bâtiment est livré – les marges de manœuvre sont alors minimes pour l’opérateur –, lorsque l’auditeur doit contrôler que le chantier s’est déroulé comme prévu et que les objectifs sont effectivement atteints.

Commence alors la phase d’exploitation du bâtiment. Certivéa adopte une logique de certification qui correspond à une dynamique de progrès. Il n’a pas pour fonction d’attribuer des « bons » ou des « mauvais points » ou de bloquer des opérations, mais d’accompagner les opérateurs en faisant œuvre de pédagogie. Le fait d’intervenir à ces trois moments-clés laisse le temps aux parties prenantes d’apporter des modifications à leur projet. Ceux qui n’obtiennent pas la certification au final sont ceux qui, en toute connaissance de cause, n’ont pas voulu ou pas eu les moyens de mettre leur projet en conformité avec nos critères.

De la salle

Je m’interroge sur le développement de la démarche HQE. En l’occurrence, celui-ci semble lié à la volonté de certains maîtres d’ouvrage de bénéficier de cette certification. Celle-ci n’est cependant pas obligatoire. Je me demande si l’Etat a prévu de procéder à un audit global de l’ensemble du parc français des bâtiments, en vue de les labelliser et d’indiquer ainsi clairement aux maîtres d’ouvrage les niveaux atteints et de les placer face à des choix stratégiques.

Patrick NOSSENT

Votre question est large. Vous vous interrogez tout d’abord sur la distinction entre démarche réglementaire et démarche volontaire. Effectivement, les maîtres d’ouvrage sont libres d’adhérer ou non à la démarche de certification. Aucune sanction politique n’interviendrait à l’encontre des maîtres d’ouvrage qui décideraient de construire un bâtiment « non HQE ». De mon point de vue, il est important que cette démarche continue de reposer sur la base du volontariat, car elle exige de mettre en place une certaine dynamique entre les acteurs et de mettre en œuvre des systèmes de management. Si un jour, la loi devait l’imposer, il ne serait plus question de Haute Qualité Environnementale, mais d’une application stricte des différentes réglementations (thermique, acoustique, etc.).

Il existe toutefois des réglementations. Les spécialistes soulignent d’ailleurs que la réglementation thermique ne cesse d’accroître ses exigences. La RT2000 a été replacée par une nouvelle réglementation en 2005, qui exige une efficacité énergétique supplémentaire de 15 à 20 % selon la zone climatique. Le saut quantitatif n’est pas négligeable – d’autant que tout le monde doit s’y soumettre. La RT2010, qui est en cours de préparation, suivra la même tendance, en accentuant les performances exigées. Elle ne concerne cependant que les constructions neuves. De nombreuses constructions sont par conséquent encore en deçà de ces performances.

L’intérêt d’un organisme comme Certivéa est de se concentrer sur les maîtres d’ouvrage qui veulent progresser, notamment en atteignant des normes supérieures à la réglementation. L’une des avancées du Grenelle de l’Environnement réside d’ailleurs dans le fait de favoriser ceux qui souhaitent aller de l’avant, car ils permettent de développer les technologies de demain et de favoriser l’émergence de filières. Le Gouvernement souhaite ainsi cibler les aides publiques sur ces acteurs.
Pour les bâtiments existants, le Diagnostic Performance Energétique (DPE) permet, pour la première fois, d’afficher publiquement (soit lors des transactions, soit sur les murs des bâtiments recevant du public) que l’immeuble atteint certaines normes environnementales – il existe un classement, sur le modèle de celui qui est aujourd'hui appliqué aux réfrigérateurs ou aux machines à laver. Le DPE n’est pas encore réalisé dans des conditions totalement fiables, mais il constitue malgré tout un formidable outil de communication. Il permet de faire prendre conscience aux personnes qui achètent ou louent un appartement, qu’il existe une grande différence entre un immeuble qui a été construit avant 1974 et qui ne respecte aucune réglementation et un immeuble conforme à la RT2005 ou, encore mieux, qui est « Effinergie » ou « énergie positive ».

Au-delà de cette sensibilisation par l’information, j’imagine mal qu’un homme politique propose d’obliger tous les particuliers et tous les professionnels à faire évaluer leur bâtiment. Je pense que le Gouvernement se dirige plutôt vers une politique fiscale incitative. A l’heure actuelle, les particuliers qui décident de donner à leur maison des caractéristiques favorables à l’environnement (installation de panneaux solaires, d’isolants, etc.) peuvent bénéficier d’un crédit d’impôts. Cette approche paraît plus acceptable socialement que celle qui obligerait chacun, quels que soient ses revenus, à se conformer aux réglementations environnementales. L’idéal n’étant pas atteignable, il convient de trouver un équilibre entre les contraintes sociales et économiques du pays et les objectifs environnementaux.

De la performance conventionnelle à la performance réelle
Qualité environnementale d’un bâtiment en exploitation

Patrick NOSSENT

Il existe trois déterminants à la qualité environnementale d’un bâtiment en exploitation :

le bâtiment

Les performances issues de la conception et de la réalisation sont plus ou moins importantes, selon les systèmes énergétiques et les isolants utilisés

l’usage

La qualité environnementale dépend également des activités effectuées dans le bâtiment, des rythmes d’utilisation et des comportements des utilisateurs.

Un bâtiment qui est utilisé 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 consommera nécessairement plus d’énergie qu’un bâtiment qui n’est utilisé que 7 heures 48 par jour, 5 jours sur 7 et ferme pendant les deux mois de l’été – comme c’est le cas des bâtiments scolaires. Le management doit, par exemple, se demander si le bâtiment doit être fermé entre Noël et le jour de l’An, ce qui permet de diminuer le chauffage, ou si un petit nombre de salariés continuera d’y travailler, ce qui exigera de maintenir le chauffage. Une telle décision a non seulement un impact sur l’activité de l’entreprise, mais aussi sur l’environnement. Le fait de mettre en place des plages horaires très larges peut être positif pour l’activité, mais peut aussi être négatif du point de vue du rapport efficacité/dépense énergétique. Je ne dis pas que l’environnement doit l’emporter sur tous les autres aspects de la question. Je plaide plutôt pour que vous vous posiez les bonnes questions, notamment en prenant en compte le bilan énergétique de vos choix. Lorsqu’un manager décide des dates où tous ses salariés devront poser leurs jours de RTT obligatoires, il doit également prendre en considération ce paramètre.

Les comportements des usagers du bâtiment constituent le facteur-clé. Si les salariés ouvrent les fenêtres alors que le chauffage est à son niveau maximum, les pertes énergétiques sont considérables. Il en va de même s’ils laissent couler l’eau du robinet en quittant les toilettes. S’ils ne trient pas alors que des bacs ont été mis à leur disposition, le circuit de traitement des déchets mis en place ne servira à rien. A qualité intrinsèque de bâtiment égale, l’ADEME a démontré que la consommation d’énergie et d’eau pouvait varier du simple au double. Je vous invite également, à titre individuel, à vous rendre sur le site « Défi pour la terre » pour mesurer votre empreinte écologique et vous pourrez constater, en comparant les résultats avec vos amis, que la consommation des individus peut varier de 1 à 10. Dans les bâtiments, les comportements individuels s’ajoutent aux comportements collectifs. La bataille de l’environnement sera gagnée ou perdue en fonction des comportements de chacun

l’exploitation

Le fait d’entretenir correctement les systèmes énergétiques, de remplacer les éléments qui ne fonctionnent plus, de bien régler le programmateur est également important. Le savoir-faire des exploitants se trouve interpellé par ces questions. Là aussi, à usage et qualité intrinsèque égaux, les variations de consommation énergétique liées au mode d’exploitation du bâtiment peuvent varier fortement

La température est également déterminante. L’ADEME indique qu’en réduisant celle-ci d’1°C, le bâtiment réalise 7 % d’économies. Il ne s’agit pas d’instaurer une température uniforme de 19°C – les usagers n’apprécient pas, en général –, mais de prendre en compte cette dimension. En moyenne, en France, la température des bureaux est de 22°C. Il faut donc commencer par ne plus augmenter cette température. Je suggère de sensibiliser les agents et de baisser la température d’1°C par an pour tendre vers 19°C.

Il est également opportun de différencier la température selon les usages. Une température de 19°C peut être difficile à supporter lorsque les agents travaillent à leur bureau et qu’ils bougent peu. Même si la loi stipule que la température ne doit pas dépasser 19°C, il convient d’adopter une approche intelligente de la situation. Le mieux est d’engager une discussion avec les salariés pour trouver des solutions adaptées.

Le problème se pose de la même manière avec la climatisation. Un projet de loi prévoit que la climatisation soit interdite lorsque la température est inférieure à 26°C. Je ne sais pas si cette réglementation est tenable, mais elle doit conduire le management à réfléchir avec les équipes concernées au meilleur moyen de tenir compte des contraintes environnementales, tout en bénéficiant d’un minimum de confort.

Le management en exploitation

Dans un bâtiment en exploitation, il est possible de mesurer la performance énergétique. Le retour d’expérience permet de déterminer la manière de faire progresser les résultats. Il convient de réaliser ce diagnostic, d’effectuer différentes mesures (de la qualité de l’air intérieur, de l’acoustique, etc.) en continu et de mener des enquêtes auprès des utilisateurs pour mettre en relation les caractéristiques du bâtiment et leur ressenti. Des expériences pilotes ont montré que le fait de confronter le point de vue de l’exploitant – qui dispose de paramètres objectifs d’intensité lumineuse, de température, etc. – à celui des utilisateurs – qui peuvent avoir trop chaud ou être gênés par trop de lumière sur leur écran – permettait d’ouvrir des espaces de dialogue.

La démarche n’est plus, alors linéaire, mais circulaire : à partir de nouveaux objectifs, l’opérateur définit des plans d’actions ; une fois les actions mises en œuvre, il en assure le suivi, puis évalue les résultats en termes d’économies d’énergie et de ressenti des utilisateurs ; enfin, il apporte éventuellement des corrections ou fixe des objectifs plus ambitieux pour la phase suivante.

C’est en améliorant leur environnement que l’on permet aux hommes et aux femmes de vivre mieux. Vivre dans un environnement dégradé ne peut qu’avoir des conséquences sur la santé, le moral, la productivité des individus. Si nous ne sommes pas tous coupables, nous sommes tous responsables de l’environnement, lorsque nous consommons, nous nous déplaçons, etc. Nous avons tous un impact fondamental sur l’environnement. En tant que manager ou responsable RH, vous avez également un rôle fondamental à jouer pour les transformer vos salariés en « éco-collaborateurs ».

Débat avec la salle

De la salle

Vous paraît-il réaliste d’installer un puit provençal pour rafraîchir l’air dans un bâtiment existant ?

Patrick NOSSENT

Ce système fait effectivement partie des solutions possibles. Il consiste à faire circuler l’air dans un tuyau sous la terre, où la température est constante à 11°C : en été, l’air est ainsi rafraîchi et en hiver, il est réchauffé. Dans un bâtiment existant, il faut toutefois que le sous-sol le permette. Il convient en outre de prendre deux précautions : que le tuyau soit issu d’un matériau qui permette l’échange thermique (le plastique est à éviter) et veiller aux problèmes sanitaires (empêcher l’entrée d’insectes ou d’un air pollué).

De la salle

Combien de mètres de tuyaux doivent être installés sous terre ?

Patrick NOSSENT

Tout dépend de la température visée. Le plus grand puits canadien d’Europe se trouve à Noisy-le-Grand, dans un bâtiment tertiaire, et mesure 150 mètres.

De la salle

Le fonctionnement de ces puits nécessite-t-il de dépenser de l’électricité ou existe-il un système qui permette de l’autonomiser ?

Patrick NOSSENT

Si un bâtiment bien isolé n’a plus besoin de chauffage, il impose, en revanche, un renouvellement d’air important. Trois alternatives sont possibles :

installer un système de ventilation le plus performant possible, c’est-à-dire dont la consommation d’énergie est la plus réduite ;
utiliser la ventilation naturelle, sans système d’extraction – ce qui est relativement délicat lorsque le vent se met à tourner et ce qui nécessite souvent de le coupler avec un système de ventilation mécanique ;
compenser par une production énergie renouvelable.

Un bâtiment qualifié d’« énergie positive » est un bâtiment qui produit autant d’énergie qu’il en consomme. Il s’agit, certes, d’une voie d’avenir, mais il est préférable de commencer par travailler sur les économies d’énergie, considérant que la meilleure énergie renouvelée est celle que nous ne consommons pas. La limite, en matière d’économies d’énergie, est atteinte à partir de 50 kWh par mètre carré et par an ; c’est à partir de ce seuil que les énergies renouvelables prennent tout leur sens. Il n’est pas logique, par exemple, d’installer des panneaux photovoltaïques sur le toit d’une maison qui consomme 400 kWh par mètre carré et par an : il est bien plus utile de commencer par l’isoler avec de la laine de verre et de doubler les fenêtres, ce qui permettra de diviser par deux la consommation d’énergie en dépensant très peu d’énergie par ailleurs. Certaines énergies renouvelables peuvent en effet avoir un bilan négatif sur leur cycle de vie, lorsque l’on prend en compte leur entretien.

De la salle

Existe-t-il un site Internet sur lequel il est possible de mesurer sa consommation d’énergie en kWh par mètre carré et par an ?

Patrick NOSSENT

Gaz de France l’indique sur votre facture. Vous pouvez également faire réaliser un Diagnostic de Performance Energétique (DPE) qui vous permet de connaître votre consommation annuelle d’énergie en kWh. Sur Internet, vous pouvez en outre avoir recours à la méthode 3CL qui diagnostique votre appartement – mais pas les bâtiments tertiaires – et indique des pistes de progrès.

De la salle

Pourquoi la France n’adopte-t-elle pas de mesures plus draconiennes comme dans les pays nordiques ou en Allemagne ?

Patrick NOSSENT

Nous avons effectivement du retard. Les raisons tiennent sans doute au fait que le prix moyen de la construction est plus faible en France, ce qui empêche d’avoir les moyens de construire des logements plus performants. Elles résident également dans des différences culturelles. Nous progressons cependant régulièrement, par exemple en matière de tri des déchets. Il est probable aussi que la France avait baissé la garde pendant longtemps, du fait de son important parc nucléaire.

Je vous remercie de votre attention.

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