Bandeau UA 2007

Table ronde 2

Quelles sont les responsabilités des entreprises confrontées à des défis d’équité sociale, d’efficacité économique et de préservation de l’environnement ?

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Participaient à cette table ronde :

Raymonde TAILLEUR Raymonde TAILLEUR, Directrice de projet auprès du directeur de la Sécurité sociale François FATOUX François FATOUX, Délégué général de l’Observatoire de la Responsabilité des Entreprises (ORSE)
Florence FOUQUIER Florence FOUQUIER, Directrice du département des audits de Vigéo Hélène RENARD Hélène RENARD, Direction du développement durable à la Poste
Les débats étaient animés par :
Jean-Michel LOBRY
Jean-Michel Lobry, Directeur de NepTV    

Jean-Michel LOBRY

Avant d’ouvrir les débats, je laisse la parole à une participante, laquelle a une question fort pertinente qui reliera les deux tables rondes.

Joëlle MICHEL, Caisse Primaire d’Assurance Maladie de Marseille

Quand nous parlons de développement durable, ou de développement tenable, nous évoquons essentiellement les questions de réduction des dépenses énergétiques. Quel lien tissons-nous entre ces enjeux environnementaux et les enjeux sociétaux (recrutement, formation à distance) ?

François FATOUX

Le lien est celui de la responsabilité sociétale des entreprises. Elle couvre la préservation de l’environnement mais également les enjeux sociaux (droits de l’homme, minorités) déclinables selon les secteurs d’activité. Il va de soi qu’une banque n’a pas les mêmes enjeux en ce domaine qu’une caisse d’assurance maladie ou qu’un bureau de Poste.

Jean-Michel LOBRY

Hélène Renard, comment expliquez-vous aux managers de la Poste que la préservation de l’environnement et la responsabilité sociale vont nécessairement de pair et constituent les deux facettes du développement durable ?

Hélène RENARD

Le développement durable est un concept nouveau qui imbrique étroitement tous les sujets.

L’environnement est nécessairement corrélé aux enjeux sociaux. Le développement durable nous invite à modifier notre manière d’exercer nos métiers (distribution du courrier, vente de produits financiers) et notre mode de gestion. Je vous en donne un exemple : les transports. La Poste est un grand transporteur. Quelques chiffres en témoignent : 900 millions de kilomètres sont parcourus chaque année par nos facteurs ; notre parc automobile compte 40 000 véhicules utilitaires légers ; notre facture de carburant s’élève à 100 millions d’euros par an ; 60 000 conducteurs et conductrices utilisent un moyen de transport pour acheminer le courrier. La problématique du transport du courrier revêt indéniablement un enjeu environnemental en termes d’émission de CO2, de consommation de pétrole, du papier utilisé par les clients pour produire ce courrier. Elle a aussi une facette sanitaire et sociale : de par son importance, le transport a des impacts sur la santé des collaborateurs, un impact sur la sécurité routière. La problématique de transports doit donc être abordée de manière synthétique et non en traitant séparément les différents thèmes qui la constituent. Nous constatons qu’un de nos métiers historiques a de multiples impacts. Comment faire pour que cette activité soit exercée de manière plus responsable sur les plans social et environnemental ? Telle est la question qui guide une stratégie de développement durable.

A l’intervenante de Quimper qui s’est exprimée au cours de la première table ronde, je voudrais dire que le développement durable est une aventure extraordinaire. Œuvrer sur ce sujet, sur ses enjeux, relever le défi, procure de véritables satisfactions. Quand j’ai commencé à travailler sur cette question à la Poste, en 2002, il m’avait été répondu que c’était un simple effet de mode. Fort heureusement, ce propos a été démenti et le développement durable a été choisi pour être la stratégie de notre Groupe pour la période 2008-2012.

I. Un exemple de stratégie de développement durable : La Poste

Jean-Michel LOBRY

Hélène Renard, vous entendez décrire les actions que votre Groupe mène au nom du développement durable. J’aimerais que vous les commentiez ; j’aimerais aussi que vous nous disiez comment vous parvenez à mobiliser toute une équipe autour de sujet.

La première photo illustre les actions menées en matière de transports.

Hélène RENARD

Cela est exact. La Poste expérimente les voitures électriques comme la Cleanova II, qui a une carrosserie de Kangoo, mais est dotée d’un moteur électrique. Huit voitures de ce modèle roulent actuellement à Paris et Bordeaux. Un appel d’offres a été lancé au niveau européen pour une première série de 500 véhicules. La Poste dépouille actuellement les réponses à un appel d’offres qui permet de créer un marché du véhicule électrique qui n’existait pas auparavant. Il en va de même du Quad proposé par Matra qui constitue une solution alternative à la tournée en vélo – propre sur le plan environnemental mais lourde d’impact sur la santé de nos collaborateurs –, et à une tournée motorisée avec un véhicule thermique et la pollution qu’il engendre nécessairement. Cette innovation modifie les comportements et permet de prendre en compte les impacts en termes de santé et de sécurité.

Jean-Michel LOBRY

Au cours de la première table ronde, nous avions signalé une certaine incurie des pouvoirs publics ; l’exemple que vous commentez l’illustre. L’Etat n’a pas réellement favorisé l’émergence d’un marché automobile propre et vous ignorez l’issue de cet appel d’offres.

Hélène RENARD

Nous l’ignorons, mais nous savons en revanche que nous avons reçu des réponses d’Italie, d’Inde et de France. La dimension internationale des réponses tend à prouver que, partout, chacun a pris la mesure de l’enjeu et a pris conscience que le véhicule thermique en centre ville était à terme condamné.

Jean-Michel LOBRY

Vous avez un deuxième exemple.

Hélène RENARD

Il concerne le textile. Avec Armor Lux, notre fournisseur, nous avons décidé, dans un secteur où les questions de développement durable se posent avec acuité, d’opter pour un textile irréprochable sur le plan social. La Poste représente aujourd’hui 11 % du marché du coton équitable. Tous nos vêtements sont faits en coton équitable.

Jean-Michel LOBRY

Est-ce plus cher ?

Hélène RENARD

C’est un peu plus onéreux mais cela est notre réponse à la problématique que rencontre le textile.

Autre exemple : La Poste gère 16 000 bâtiments, une surface de huit millions de m2. Malheureusement, ces bâtiments ne sont pas encore tous construits ou rénovés selon des normes de développement durable. C’est la raison pour laquelle nous infléchissons les comportements ; nous avons dans les constructions, qui ne peuvent pas intégrer les nouvelles technologies, mis en place des outils qui rappellent aux agents qu’ils doivent avoir des gestes écoresponsables (éteindre la lumière par exemple). Nous entendons également faire émerger une prise de conscience et nous dotons les agents – 300 000 collaborateurs – d’outils de communication. Tous les acteurs doivent participer à cette démarche et pour ce faire, un lien doit être tissé entre la stratégie globale et sa traduction au quotidien. Un facteur qui porte un vêtement en coton équitable et distribue le courrier dans une voiture électrique est la preuve que notre politique s’est révélée efficace car il traduit sur le terrain notre politique d’achat responsable.

Jean-Michel LOBRY

Vous commentez des actions pragmatiques. Comment impliquez-vous chacun des collaborateurs de votre Groupe ?

Hélène RENARD

Nous avons beaucoup communiqué et je ne saurais trop insister sur la nécessité d’une communication abondante et multiforme. Nous profitons bien naturellement des temps forts de la communication nationale et appuyons notre stratégie sur des événements telles la semaine du développement durable et la semaine de la mobilité qui permettent la mobilisation de tous. Il faut en outre une cohérence interne et une cohérence entre les pratiques professionnelles et les pratiques à domicile. Il va de soi qu’il est vain de plaider le développement durable si en interne, nous ne trions pas nos déchets. Le collaborateur est conscient des enjeux et adopte dans son bureau les gestes écoresponsables qu’il a à son domicile. Il n’est pas besoin d’attendre un véhicule électrique pour adopter des comportements responsables ; chaque automobiliste peut adopter une écoconduite qui permet de réduire la consommation d’essence de quelque 30 %. Nous formons nos collaborateurs à l’écoconduite qu’ils pratiquent aussi quand ils utilisent leur voiture pour un usage personnel.

Nous devons également inciter nos collaborateurs en leur prouvant que le développement durable est une aventure extraordinaire qui permet de répondre collectivement à des enjeux partagés. Je ne tiens pas des discours catastrophistes ; je veux que le développement durable soit un chemin semé d’espoir car si nous ne pouvons ignorer la réalité du changement climatique, nous disposons également de leviers d’actions.

II. L’engagement social des institutions paritaires

Jean-Michel LOBRY

François Fatoux, vous avez commis un rapport sur l’engagement social des institutions paritaires. Qu’en est-il ? Les institutions paritaires sont-elles en la matière de bons élèves ? Jean-François Amadieu a signalé le retard des administrations. Qu’en pensez-vous ?

François FATOUX

Je voudrais dire un petit mot sur l’Observatoire que je représente. C’est un observatoire dont les adhérents sont des personnes morales, des grandes entreprises, des investisseurs et des sociétés de gestion de portefeuille. Il ne faut pas oublier, en effet, que le développement durable se heurte parfois à la pression économique et qu’il est impossible d’initier une démarche de protection de l’environnement ou d’intégration sociale si elle n’est pas viable économiquement. J’insiste sur ce paramètre important ; une démarche de développement durable peut se révéler onéreuse. Notre Observatoire réunit également des organisations professionnelles et syndicales, des confédérations de salariés et le MEDEF, ainsi que des institutions de retraite et de prévoyance.

Notre travail n’est pas un travail de notation mais d’observation. Curieusement, le secteur de la protection sociale ne se sentait guère concerné aux enjeux de développement durable. Il est vrai qu’il n’est pas directement concerné par les enjeux environnementaux et sociétaux. Ce secteur ne pollue pas directement. Il s’inscrit pourtant par nature dans une démarche de développement soutenable, ayant trait à la santé, à la vieillesse. Il s’est fondé sur les valeurs de solidarité, de paritarisme. Nous pourrions penser que les organismes sociaux partagent les valeurs du développement durable.

Malheureusement, le lien ne se fait pas aussi naturellement que nous pourrions l’imaginer.

Jean-François Amadieu signalait le retard de la fonction publique en matière de développement durable. Force est de constater que les caisses de Sécurité sociale ne sont pas exemplaires. Elles n’ont pas de démarche de discrimination délibérée mais font montre de processus latents discriminatoires. Nous avons éprouvé des difficultés pour trouver des acteurs engagés.

Jean-Michel LOBRY

Dites-nous en davantage.

François FATOUX

Nous avons eu du mal à trouver des collectivités engagées dans la démarche. L’UCANSS a adopté une démarche assez aboutie avec le plan cadre ; nous avons également rencontré quelques caisses de retraite et de prévoyance, quelques caisses d’ASSEDIC.

Jean-Michel LOBRY

Je profite de ce que vous parlez du plan cadre de l’UCANSS pour me tourner vers Raymonde Tailleur : pouvez-nous dire quelques mots de ce plan d’action ?

Raymonde TAILLEUR

Ce plan cadre a été adopté en janvier 2007 sous l’impulsion du directeur de la Sécurité sociale. Il fixe des objectifs inscrits dans les conventions de gestion qui tissent les relations contractuelles déclinées entre les caisses nationales et les caisses de Sécurité sociale. Ce plan est global : il vaut pour l’ensemble des institutions de la Sécurité sociale, que ce soit les régimes généraux et ou les régimes sociaux ; il recoupe l’enjeu environnemental et l’enjeu social.

Jean-Michel LOBRY

L’étendue du champ a-t-elle été discutée ? Certains n’ont-ils pas plaidé pour que le plan ne couvre que l’aspect environnemental ?

Raymonde TAILLEUR

Je sais par ouie dire que le comité exécutif de l’UCANSS a eu un débat sur l’étendue du plan. Le plan adopté in fine est équilibré car il envisage les deux aspects du développement durable.

Jean-Michel LOBRY

J’en déduis que le développement durable nécessite de mener conjointement tous ses aspects.

François FATOUX

Le développement durable nous invite à repenser les métiers et les fonctions. Chacun a une responsabilité et peut agir dans le développement durable, qu’il s’agisse du juriste, de l’informaticien, de l’agent d’accueil, du contrôleur de gestion. Il lui appartient de regarder les enjeux sous l’angle de son métier. Le comptable va, par exemple, envisager la mobilité des salariés. D’autres enjeux doivent être relevés : la relation aux usagers ; la gouvernance que nous n’avons pas traitée car elle relève du champ de compétences des partenaires sociaux.

Je rejoins Hélène Renard sur la nécessité d’une cohérence. Nous pouvons avoir un engagement fort en ce domaine mais avoir des pratiques en interne qui ne concourent pas au développement durable.

Nous savons par exemple que les grands groupes ou les collectivités publiques ne respectent pas les délais de paiement avec les fournisseurs, notamment quand ces derniers sont des PME. Or, des PME sont obligées de fermer faute d’avoir été payées à temps. Vous conviendrez qu’une telle attitude ne relève pas d’une démarche exemplaire.

Jean-Michel LOBRY

Le plan cadre de l’UCANSS comporte-t-il des mesures telles que le respect des délais de paiement des fournisseurs ?

Raymonde TAILLEUR

Le comité exécutif a affiché des priorités et il est impossible d’envisager toutes les fonctions qui relèvent des compétences des caisses nationales. La Sécurité sociale enregistre d’ailleurs un taux de satisfaction des usagers dont elle peut s’enorgueillir. Le plan adopté par l’UCANSS, je le disais, comporte un volet environnemental et un volet social. L’enjeu environnemental est fondamental pour la Sécurité sociale qui compte 170 000 agents, des milliers de sites, gère une superficie de 6,5 millions de m2, consomme 12 000 tonnes de papier par an, qui ont supposé la destruction de 220 000 arbres. Nous devons avoir un principe de gestion écoresponsable dans tous les domaines : énergie, eau, papier, déchets.

Jean-Michel LOBRY

Que prévoit votre plan, par exemple, sur l’eau ?

Raymonde TAILLEUR

L’eau représente 5 % des coûts de fonctionnement d’un bâtiment, ce qui n’est pas négligeable. Nous voulons réduire sa consommation de 2 % par an. C’est un objectif donné au plan national ; à charge de chaque caisse de décliner l’objectif en tenant compte notamment de la situation de l’immeuble.

Jean-Michel LOBRY

Votre plan envisage-t-il la question immobilière ?

Raymonde TAILLEUR

Le plan intègre pleinement cette question en obligeant à inscrire dans les programmes immobiliers les normes HQE. Il fixe aussi des objectifs en termes de transports qui ne sont pas quantifiés : recensement de la flotte, utilisation d’un tiers de biocarburant.

Jean-Michel LOBRY

Où en est le déploiement ? Je me tourne vers la salle : qui a eu connaissance du plan cadre ? Une majorité d’entre vous en a eu vent si j’en crois le nombre de mains levées.

Raymonde TAILLEUR

Le plan cadre est consultable sur le site de l’UCANSS. Il est connu de tous. Les équipes de l’UCANSS et les caisses nationales qui sont en charge d’animer le dispositif avec les caisses de base sont pleinement mobilisées et nous passons progressivement d’une démarche empirique à une démarche organisée pour mettre en mouvement la Sécurité sociale dans son ensemble.

Jean-Michel LOBRY

Entendez-vous évaluer cette démarche ?

Raymonde TAILLEUR

Bien évidemment. Nous avons défini un plan cadre qui vaut pour quatre ans. Il nous faut passer rapidement de l’objectif opérationnel à des objectifs évaluables, qui supposent d’élaborer un diagnostic. Chaque caisse a d’ailleurs reçu un questionnaire à cet effet.

Jean-Michel LOBRY

Autrement dit, chaque caisse va établir sa propre évaluation.

Raymonde TAILLEUR

Je le confirme. Le diagnostic sera établi dans chaque caisse qui pourra ainsi fixer ses objectifs opérationnels. Nous devrons déterminer des indicateurs pour mesurer la performance et les outils de suivi de ces indicateurs.

Jean-Michel LOBRY

François Fatoux, l’UCANSS est-elle bonne élève ?

François FATOUX

Je laisse à Florence Fouquier le soin de répondre à cette question. Le développement durable est une démarche de progrès. Nous n’allons pas juger une entreprise sur ce qu’elle pollue à un instant T. Nous pouvons en revanche mesurer la qualité de la démarche et voit si elle s’assortit d’objectifs clairs et d’indicateurs de performance. La question fondamentale et polémique est la suivante : l’UCANSS initie-t-elle cette démarche sous un angle pertinent au regard de son secteur et de son champ de compétences ? Il semble que tel est le cas. Pour autant, il ne faudrait pas que la démarche générale qu’initie l’UCANSS occulte le nécessaire chantier que doivent ouvrir, elles aussi, les différentes caisses nationales au regard de leur métier : famille, santé, vieillesse.

Jean-Michel LOBRY

Il en va de même dans un grand groupe. L’existence d’une Direction du Développement durable ne doit pas exonérer les autres entités. Le développement durable est un acte managérial pour tous.

François FATOUX

C’est effectivement un axe managérial pour l’ensemble des métiers.

Jean-Michel LOBRY

Raymonde Tailleur, votre plan répond-il à cette exigence ?

Raymonde TAILLEUR

L’UCANSS pilote et coordonne la démarche qui implique toutes les caisses nationales aux côtés des caisses locales et selon un principe de coresponsabilité.

François FATOUX

Mon doute portait simplement sur le fait que l’UCANSS n’a pas nécessairement compétence sur les métiers de la famille ou de la santé.

Jean-Michel LOBRY

Je réitère ma question : l’UCANSS est-elle bonne élève ?

François FATOUX

Je réitère ma réponse : nous ne sommes pas une agence de notation.

Jean-Michel LOBRY

Vous avez bien cependant quelques éléments de réponse.

François FATOUX

Je pense vous en avoir donné. Nous évaluons les démarches selon plusieurs critères :
- l’existence d’une stratégie globale ;
- l’existence d’indicateurs chiffrés ;
- l’existence d’outils de mesure.

Nous pourrons apprécier dans quelques exercices si l’UCANSS satisfait ces trois critères.

Jean-Michel LOBRY

L ’exemple de la Poste prouvait effectivement qu’il fallait expérimenter le dispositif quelques années avant de pouvoir l’évaluer.

François FATOUX

Il prouve également, et Hélène Renard l’a bien signalé, que l’implication des corps intermédiaires est un critère vital. Il est indispensable que tous les niveaux, et y compris les instances de représentation du personnel, soient impliqués.

Jean-Michel LOBRY

Comment allez-vous rendre compte, Raymonde Tailleur, à votre tutelle ?

Raymonde TAILLEUR

Cette question me fait sourire, et d’autres avec moi dans la salle, car je représente la Direction de la Sécurité sociale et donc la tutelle.

Cela étant dit, l’université de l’UCANSS constitue un moment fort de communication. L’UCANSS a prévu un rapport annuel d’activité aux plans national et local qui constituera un support de communication interne. Par ailleurs, elle fera état dans un bulletin dématérialisé bimestriel des meilleures pratiques des caisses locales. Ce support mettra en valeur les réussites de l’institution Sécurité sociale et rendra compte de sa performance dont le développement durable est une des facettes. Les résultats seront intégrés au tableau de la performance que la DSF publie annuellement et qu’il transmet au Parlement à l’occasion du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, à laquelle les élus accordent une importance croissante dont la Mission d’Evaluation et de Contrôle des lois de Financement de la Sécurité Sociale est une illustration. Nous rendrons compte de la performance de la Sécurité sociale en matière de développement durable au Parlement.

Jean-Michel LOBRY

Nous mesurons la mobilisation générale qui se dessine autour de ces questions. Je crois, Hélène Renard, que vous vouliez apporter un commentaire.

Hélène RENARD

Les engagements sont fonction de la maturité de la démarche. A La Poste, quand nous avons amorcé le processus, nous avions pris 12 engagements. Aujourd’hui, nous avons défini trois engagements prioritaires, les plus stratégiques au regard de notre activité et sur lesquels nous voulons être leaders :
- le CO2 ;
- la diversité ;
- le transport et le papier.

Nous nous recentrons sur les points stratégiques de nos métiers qui conditionnent la pérennité de notre activité. Cela ne signifie pas bien entendu que nous éludons totalement les autres thématiques.

Jean-Michel LOBRY

La Poste a-t-elle notée ?

Hélène RENARD

Oui, elle l’a été.

III. Comment mesurer la performance sociale ?

Jean-Michel LOBRY

La notation de la performance sociale est une activité toute récente qu’exerce Vigéo. Pouvez-vous, Florence Fouquier, nous en dire davantage ?

Florence FOUQUIER

Née en 2002, Vigéo est une agence de mesure des performances de responsabilité sociale des entreprises et des organisations. Que mesurons-nous ? Nous mesurons l’engagement managérial des organisations à prendre compte des attentes des parties prenantes et à en rendre compte.

Jean-Michel LOBRY

De toutes les parties prenantes ?

Florence FOUQUIER

Nous prenons en compte les attentes de toutes les parties prenantes : usagers, clients, fournisseurs, territoires d’ancrage, parties prenantes « silencieuses » que sont les générations futures. La question est de savoir quelles sont les attentes légitimes. A l’aune de quoi mesurons-nous la légitimité de ces attentes ? Vigéo a pris le parti, qui fait aujourd’hui consensus, de s’adosser à un référentiel opposable constitué des toutes les normes et recommandations émises à l’attention des organisations et des pays par les Organismes internationaux, tels les Nations unies ou l’Organisation Internationale du Travail (OIT).

Jean-Michel LOBRY

Disposez-vous d’une grille d’évaluation ?

Florence FOUQUIER

Oui. L’égalité des chances, pour prendre cet exemple, est une recommandation qui émane de l’OIT et du pacte mondial et qui concerne toutes les organisations, leurs forces vives mais également leurs clients et/ou leurs usagers. Les enjeux sont, comme le disait François Fatoux, pondérés en fonction des pays, des secteurs d’activité.

Jean-Michel LOBRY

Comment mesurez-vous le respect de ces attentes ?

Florence FOUQUIER

Je dirige des équipes d’auditeurs experts en un domaine. A la demande d’une organisation, et après avoir délimité avec elle le périmètre d’étude, nous examinons la documentation interne en fonction des enjeux (ressources humaines, relations avec les fournisseurs, les clients, les territoires). Nous conduisons des entretiens avec les responsables des questions, avec les partenaires concernés selon la thématique (organisations syndicales, consommateurs, fournisseurs, etc.) Nous croisons l’ensemble des données pour produire un bilan au regard de l’engagement des organisations. Cet engagement est-il connu de tous ? Est-il porté par tous ? Est-il assorti de moyens ou se réduit-il à une opération de communication ? Est-il assorti d’outils de mesure ?

Jean-Michel LOBRY

Hélène Renard, l’implication en faveur du développement durable se ressent-elle, au-delà de sa mesure chiffrée, à chaque fois qu’est franchie la porte d’un bureau de Poste ?

Hélène RENARD

Je dois avouer malheureusement que ce n’est pas encore le cas partout. Soyons francs : il faut du temps à une structure importante comme la Poste pour changer ses comportements. Il faut du temps pour convaincre de la pertinence du projet, pour l’instiller partout, pour que chacun se l’approprie. Vigéo nous a apporté un précieux concours car la politique de développement durable a besoin d’un regard externe pour être ancrée en interne. Certes, notre Président était convaincu d’une démarche qu’il a portée ; force est de constater que tel n’était pas le cas de tous les managers de la Poste et forte heureusement, la situation évolue. Le regard objectif, neutre et critique d’un cabinet d’audit comme Vigéo permet d’appuyer une politique qui en interne suscite des réticences. Plus largement, nous avons besoin de l’appui des partenaires externes – les clients, les usagers, les fournisseurs, les territoires, l’ORSE. Un plan de déplacement urbain qui nous interdit la distribution en centre ville nous ravit car elle conforte notre choix en faveur du véhicule propre.

Jean-Michel LOBRY

Nous voyons à quel point le développement durable peut être un facteur de cohésion tant à l’interne qu’à l’externe. En termes de risques, François Fatoux, cette stratégie peut-elle améliorer la réputation d’une organisation ?

François FATOUX

Le secteur de la protection ou de l’économie sociale est exposé à des risques et peut voir son image ternie si des comportements non responsables, comme traiter avec un fournisseur qui fait travailler les enfants, étaient découverts. Il faut revisiter des enjeux :

la relation avec les fournisseurs

Cette question est aujourd’hui mal appréhendée.

les processus de discrimination inconscients que génère l’organisation

Les métiers des caisses d’assurance sociale sont fortement féminisés mais les femmes sont sous-représentées dans les niveaux de direction. Cela ne traduit pas une volonté délibérer d’exclure les femmes mais les systèmes d’organisation comportent en leur sein des processus discriminatoires.

le sens

Il faut redonner du sens à des métiers parfois dévalorisés. J’ai rencontré des agents des ASSEDIC qui avaient honte de leur métier. Le développement durable peut contribuer à leur conférer une nouvelle valeur. La désertification des campagnes, et la fin programmée de certains services publics en milieu rural, entraînent des processus de dématérialisation des procédures administratives, certes positifs en termes environnementaux mais dont les conséquences sociales n’ont pas été complètement mesurées. Nous avons tendance à oublier que l’accès à Internet n’est pas encore généralisé.

Nous le voyons : le développement durable est un processus permanent d’interpellation.

Jean-Michel LOBRY

Florence Fouquier, ne pouvons-nous pas avoir le sentiment que demain, malgré toutes ces bonnes et modestes actions, la vie reprendra son cours normal ?

Florence FOUQUIER

Imaginons qu’une caisse de Sécurité sociale fasse l’objet d’une plainte auprès de la HALDE. Vous pouvez aisément deviner les multiples risques qu’une telle saisine fait encourir à l’organisation : risque juridique, risque financier, risque en termes d’image, risque de rupture de la cohésion interne.

Qu’est-ce qu’une stratégie de développement durable si ce n’est avant tout une politique de maîtrise du risque ? C’est la facette par défaut mais j’insisterai surtout sur la facette plus positive, qui est une réponse à la question de la désormais célèbre « dame de Quimper », du développement durable.

Une entreprise qui se saisit de cette question, encore naissante, se crée des opportunités et des leviers d’actions. Cet enjeu est en mesure de mobiliser ses équipes en interne et de faire naître un sentiment de fierté d’appartenance ; il est aussi une source d’innovations.

IV. Débat avec la salle

Michel GASSEC, URSSAF d’Evreux

Il faut avant tout décider les décideurs. Je dois avouer que tout ce que nous avons entrepris dans les réseaux est embryonnaire et que le service public n’a pas la valeur d’exemplarité qu’il devrait avoir, loin s’en faut.

Jean-Michel LOBRY

Hélène Renard nous disait comment la Poste est allée chercher un regard externe pour mieux ancrer la stratégie en interne. N’est-ce pas possible dans votre organisation ?

Michel GASSEC

C’est certainement possible. Je reviens à mon propos. Nous devons d’abord convaincre les décideurs de la pertinence de la démarche et pour ce faire, nous avons besoin d’outils. Il faut les convaincre de l’intérêt éthique mais également de l’intérêt économique de la démarche de développement durable. Il me paraît essentiel d’insister, comme Florence Fouquier l’a fait indirectement en parlant du risque, de la dimension économique du sujet. Prévenir le risque coûte moins cher qu’assumer les conséquences d’un risque avéré. Quelles sont les aides que nous pouvons avoir pour réussir à convaincre et faire en sorte de mobiliser tout le monde ?

François FATOUX

L’accord d’intéressement de l’UCANSS conclu en 2005 qui prévoyait des critères extrafinanciers en plus des critères financiers nous paraissait être une initiative particulièrement intéressante. Les accords d’intéressement peuvent être un moyen efficace, avec d’autres, de mobiliser les salariés ou les agents à une démarche de protection de l’environnement ou de qualité de service. Les critères extrafinanciers déclinés par branches étaient particulièrement intéressants.

Raymonde TAILLEUR

La politique de développement durable est une belle démarche de management, assortie d’objectifs et associant le niveau national au niveau local. Je partage aussi l’idée qu’elle doit aller de pair avec la performance économique. L’accord d’intéressement permet de mobiliser les collaborateurs. Il va être renégocié et je pense que les acteurs auront à cœur d’y intégrer un critère relatif au développement durable.

Daniel FOURNIER, Directeur de l’URSSAF de Calais

Est-il possible de recenser les aides auxquels peuvent prétendre nos organismes pour soutien aux énergies propres ?

Raymonde TAILLEUR

Ce travail de recensement des aides, auxquelles sont éligibles les caisses, va être mené par l’UCANSS.

Hélène RENARD

Les normes d’efficacité énergétique seront de plus en plus contraignantes et nos bâtiments devront les intégrer. Nous devons investir dès maintenant sur ces champs. Il est vrai que le développement durable ne peut pas être qu’une démarche humanitaire bien qu’il conditionne l’avenir de l’humanité ; il doit aussi viser la pérennité de nos activités et de nos métiers. Il nous faut raisonner en coût global en intégrant le coût direct et le coût de fonctionnement d’un produit ou d’un bâtiment. Les énergies doivent être à leur coût réel.

Daniel FOURNIER

L’UCANSS est en capacité, étant donné sa taille, de négocier avec des fournisseurs et d’obtenir d’eux des tarifs compétitifs.

Jean-Michel LOBRY

Hélène Renard, quels sont les éléments que je dois garder à l’esprit pour demeurer optimiste ?

Hélène RENARD

Sachez d’abord que vous n’êtes pas seuls ; toutes les entreprises, les organisations, les collectivités locales sont confrontées aux mêmes problématiques. La Poste pourrait probablement nouer des projets communs avec l’UCANSS.

Jean-Michel LOBRY

Merci à tous pour vos contributions.

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